À L. PAMPHILE LEMAY
Oui ! tu l’as dit, barde de la souffrance,
Il faut chanter pour adoucir nos pleurs!
Sur tous les maux, fille de l’Espérance,
La Poésie aime à semer ses fleurs.
C’est qu’au delà des bornes de ce monde Les cœurs souffrants voudraient se rejeter :
Écho des cieux, toi qui n’a rien d’immonde, Pour le malheur, poëte, il faut chanter !
Un soufile aride a passé sur nos têtes,
Il va prêchant le culte du veau d’or; L'homme s’épuise en de vaines conquêtes, L’autel du siècle est un lourd coffre-fort.
Mais dans la foule où grandit l'égoïsme Que de vertus s'efforcent de lutter !
Ah! tends la main à ce noble héroïsme :
Pour ceux qui croient, poëte, il faut chanter!
Des jours fameux qui marquent notre histoire Dis-nous encor les grandes actions!
Enfant du peupie, enrichis sa mémoire, Donne-lui part à tes émotions!
Le souvenir des travaux d’un autre âge
N'est p'us au sol qu'il ose déserter !
Que tes leçons réveillent son courage :
Pour ton pays, poëte, il faut chanter!
Tu n'iras pas couper tes ailes d’ange Pauvre inspiré qui tremble au moindre vent ; Rien ici-bas n’est exempt de mélange,
Mais l’art divin y triomphe souvent.
L'âme enivrée aux accords de la lyre
Rêve du ciel et cesse de douter:
Suis dans son vol la muse qui t'inspire.
Toujours ! pour tous, poëte, il faut chanter !
Oui, mêle aux voix qui partent de la terre Ton chant d'espoir, d'amour et de pudeur !
Du feu sacré garde l'empreinte austère,
Seul il possède.et donne la grandeur—
” Ver: l'Eternel laissant monter la flamme, Du vrai, du beau, tu ne peux t'écarter.
Ton idéal abreuve et ravit ’âme :
I] faut chanter, poëte, il faut chanter !
Montréal. février 1867,
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