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LE CANADA FRANCAIS.A L'ANGLETERRE

Ce n’est rien de ton sang qui coule dans mes veines, Albion, je n’ai point ta langue ni ta foi.

Pour vaincre ma fierté tes luttes furent vaines, Et sous ton étendard je dicte seul ma loi.

À l’eure où tes soidats déroulaiertt sur mon fleuve Ton drapeau si souvent refoulé de ses bords,

Le mien sombrait au loin ! Et pour doubier l'épreuve Ma détresse enviait le repos de mes morts.

Dans le mot des traités j'avais mis confiance, A toi, loyalement, mon cœur s'était offert :

L'orgueil me répondit avec la défiance...

Qui fera le récit de ce que j'ai souffert !

1 Ces vers furent écrits à la suite d’une conversation un peu vive avec un Anglais d’uu rang assez élevé, qui refusait de reconnaître à la race française du Canada le droit incontestable de conserver ce qui constitue aujourd’hui sa natioïalité,

Des chaines qu’en tremblant l’esclave seul soulève | Tu chargees le guerrier, vaincu mais non soumis. J’en brisai les anneaux pour me forger un glaive Et je l'ai fait servir... contre tes ennemis !

Depuis, j'eus cent motifs à ta reconnaissance. Pourtant tu persistas dans ton aveuglement.

Ce n’est qu’au dernier jour, quand trembla ta puis- [sance, |

Que tu m'ouvris tes bras pour un rapprochement. |

Sans secours, j'ai groupé sur ce sol d'Amérique Ma tribu dispersée au souffle du malheur :

C’est plus qu’un rejeton d’une race héroïque, C'estun peuple ! il est libre, il défend son honneu: !

Oui, reconnais-moi bien ! Tu brisas par le monde Tant de sceptres, de lois, de vieilles royautés,

Que ton œil, contemplant ma ruine féconde, S'étonne d’un échec devant mes libertés.

Car tu n'as jamais pu les faire entrer sous terre ! Le jour ou je tombai sans implorer merci,

Elles m'ont conseillé la fierté salutaire

Qui plait même au vainqueur quand il est noble aussi.

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Mon fer croisa le tien au feu de cent batailles : Le sort m'a terrassé plus que tes généraux ; Tu convoitas mon sol, mon foyer, mes murailles,

Mais pour te résister J’eus toujours des héros.

Enfin, lorsqu’abattu Je te rendis les armes, César, ton prisonnier fut Vercingêtori :

J'acceptai mon destin en méprisant les larmes.

Le sang des vieux Gaulois n’est pas encor tari !

Je puis ceindre l’épée autrefois vengeresse

Des griefs qu'amassaient contre toi mes aïeux, Mais avec tes enfants partageant ma tendresse J'embellis de la paix le temple glorieux.

Je marche à tes côtés sans incliner la tête :

Je crois en ma valeur ; j'aime à me souvenir ; J'espère dans mon droit pour braver la tempête ; Et, scrutant mon passé, j’entrevois l'avenir !

Vois donc sur quel pilier pose ici ton empire Et tu respecteras mes efforts courageux.

Tandis qu'ouvertement dans tes murs on conspire,

| Moi, grandi l’arme au bras, je serai généreux :

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En échange des maux dont j'ai gardé mémoire, Tiens ! prends ce don royal : un trône est là pour toi ! Vainement tu voulus m'’effacer de l’histoire, —

Dis lequel de nous deux est digne d’être roi !

Albion, si l’outrage est né de l'ignorance, Nous avons malgré lui des gloires à chanter ! Et je dis pour calmer la frivole arrogance :

Mes bardes n'auront pas de taches à compter !

Donc, il ne faut rougir du serment qui nous lie : L’érable et le rosier sont nobles tous les deux. Nul n’abdique ses droits, nul ne se mésallie. L’estime est digne et belle, —et le mépris hideux.

Ottawa, juin 1867

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