A MON AMIE
Tel est fier d’un succès—de sa haute naissance— D'un habit qu’on admire—. d’un titre pompeux— Un savant, tout gourmé des droits de sa science, Jette au pauvre rimeur un regard orgueilleux.—
Je vois des parvenus que d’en bas l’on encense— Des fats, des sots vernis, riches et glorieux... | lue me font les grandeurs, le savoir, l’opulence ?
À d’aures ces jouets !—en toi j'ai bien plus qu'eux!
Ta bouche avec deux mots m’a donné la richesse, Des vertus, des talents qu’on ne peut m’enlever : Mon bonheur n’a d'égal, ainsi, que ma tendresse !
Possédant ton amour, je crois tout posséder.— Si je redoute un mal au sein de mon ivresse, C'est l’affreux abandon où tu peux me plonger !
IT
Je suis comme un avare absent de son trésor Qui songe à l’heureux jour, où seul avec lui-même Il pourra contempler, Ô volupté suprême !
Ses joyaux miroitants, ses larges monceaux d’or!
J’omets le temps qui fuit et la rigueur extrême Dont me frappe en tous lieux la rude main du sort— Je laisse ma pensée aller vers ce que j'aime Et mets mon seul bonheur à suivre son essor.
Aussi quand je te vois, mon âme toute entière Comme en un riche écrin s’enferme en ton amour Et secoue un instant sa chaine de misère Pour vivre de ta vie!
Ah ! béni-soit ton jour Puisque par ta présence on est heureux sur terre, Ou que ton souvenir dans l’exil nous secourt!