‹ Les Lavements Nutritifs Dans L'Alimentation Extra-BuccaleChapitre 16 sur 28 · VII — CONTRIBUTION PERSONNELLE A L'ÉTUDE DE L'ABSORPTION RECTALE · texte numérisé non relu

VII — CONTRIBUTION PERSONNELLE A L'ÉTUDE DE L'ABSORPTION RECTALE

Nousn’avons pas cru devoir joindre à notre tour de nouvelles expériences cliniques à la masse d’expériences dont le lavement alimentaire a déjà fait l'objet. Nous avions été frappé loutefois de l’importance du liquide vecteur pour la bonne absorption du lavement. Les recherches modernes sur les vitamines (2)etlesbesoins del’organisme en « substances rares » (3) avaient aussi attiré notre attention sur la simplicité un peu excessive et la composition tout empirique de la plupart des formules.de lavements.

C’est dans ces conditions que nous avons songé à utiliser comme vecteur un produit parfaitement isOtonique, de composition particulièrement complexe. et doué apparemment d’un certain pouvoir nutritif : le sérum sanguin. On sait qu'il contient environ

1. Nos expériences ont été entreprises en collaboration avec le D: P. Roussel du sanatorium des Pins, qui’ nous a été d'un grand secours dans la rédaction de notre travail, ainsiquele Dr A. Remy, chef de C inique à la Faculté de Nancy.

2. Lumière a récemment attiré l'attention sur l’analogie des troubles déterminés par l’avitaminose et l’inanition.

3. Manganèse,cuivre,zinc, fluor,iode, silicium, bore, arseni@ etc. « L'absence insoupçonnée d’un aliment minéral nécessaire à

doses infinitésimales, peut provoquer des troubles de nutrition et fausser les résultats des expériences » (Linossier).

; 9 o/o de matières solides dont la composition moyenne est la suivante:

1° 7 gr. 5o de substances albuminoïdes coagulables (sérum-albumine et sérum-globuline ; en outre, une petite quantité de fibrino-globuline et de nucléo-protéide).

20 Des matières azotées de déchet (urée, créatine, acide urique, etc.).

3° De la glycose (0,051 p. 100 de sang total), des graisses et de la lécithine.

4° Divers ferments, dont un ferment saccharifiant.

5° Des sels inorganiques (0,8 p. 100): phosphates, chlorures, carbonates, etc.

60 Des gaz : oxygène, acide carbonique, azote, etc.

Nous avons eu recours à du sérum de cheval :

tantôt à du sérum vieux et chauifé, dont la préparation remontait à plus de deux ans ; tantôt à du sérum frais (1). Nos expériences ont porté sur de jeunes cobayes, de même portée et, autant que possible, de même poids pour chaque série d'expériences.

À. — Action du sérum vieux

Une première série d’expériences a porté sur deux cobayes d’un poids voisin de 280 grammes. Ils étaient soumis à la diète hydrique absolue, mais l’un d’eux recevait en outre des injections sous-cutanées quotidiennes de à, puis 10 et 15 centimètres cubes de sérum de cheval.

Au sixième jour de l’expérience, l’animal soumis

1. Nous avons utilisé comme sérum frais « l'hémostyÿl, » produit commercial bien connu, qui est un sérum non chauffé.

J. Malassis 4

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aux injections de sérum a succombé : son poids avait diminué seulement de 25 grammes. Le cobaye témoin, soumis à la, diète hydrique absolue, avait maigri de 4; grammes. Remis au régime normal, il récupéra très rapidement son poids initial et même davantage, puisqu'il dépassait 300 grammes six jours après la reprise de l’alimentation.

Dans une deuxième série d'expériences, le cobaye d'étude reçut des lavements de 5, puis 15 centi- .mètres cubes de sérum de cheval. Il succomba au troisième jour, avec une perte de poids de près de 5o grammes. L'animal, qui atteignait initialement 257 grammes, était beaucoup moins robuste que les précédents et c'est à cette circonstance que nous attribuons sa mort plus rapide.

Désireux de faire la contre-épreuve, nous songeâmes à alimenter un autre cobaye par voie buccale exclusivement avec le même sérum. Il résista parfaitement à ce régime : au cinquième jour de l'expérience, son, amaigrissement n’était que de 39 grammes.

L'examen des urines décèle la présense d’albumine chez les deux animaux qui avaient succombé, A l’autopsie, congestion intense des: reins : ils sont augmentés de volume et même, dans un cas, la substance corticale se trouve entièrement dissociée de la substance médullaire. Les surrénales sont volumineuses. Tissus pâles, mais aucune réaction locale appréciable ni au siège des injections sous-cutanées, ni au niveau du rectum. Le foie parait congestionné.

Les autres organes sont normaux.

L'examen histologique du rein, pratiqué pour le cobaye soumis aux lavements de sérum, montre une congestion intense des glomérules, avec petites hémorragies interstitielles. Cylindres hyalins dans les tubes urinifères, sans desquamation épithéliale nette. Au total, lésions de glomérulo-néphrite hémorragique.

B. — Action du sérum frais

Nous choisimes deux animaux d’un poids voisin de 320 grammes. L'un reçut des injections sous-cutanées de 5 centimètres cubes de sérum frais, l’autre des lavements de même volume, mais qui furent presque totalement rejetés. Au troisième jour de l'expérience, le cobaye soumis aux injections avait diminué de plus de 5o grammes, était fébrile et paraissait épuisé, alors que l’amaigrissement du cobaye lavementé ètait deux fois moindre. Nous crûmes bon d'interrompre à ce moment les injections, qui se seraient à coup sûr et rapidement terminées par la mort du premier animal (1).

Que conclure de ces différentes expériences ? Leur portée dépasse de beaucoup la question des lavements alimentaires. Aussi n’insisterons-nous passur certaines constatations accessoires telles que la toxicité du sérum frais non chauffé, beaucoup plus consi-

1. Voir à l’appendice II quelques courbes de poids de nos animaux en expérience.

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dérable que celle du sérum vieux chauffé. L'action du vieillissement et du chauffage est bien connue : les sérums préparés par l’Institut Pasteur sont chauftés généralement à quatre reprises à 56 degrés pendant une heure (Besredka).

La toxicité d’un sérum pour un animal d'espèce différente a été également étudiée depuis longtemps. On sait que 80 centimètres cubes de sérum de cheval tuent 1 kilogramme de lapin. Dans nos expériences, alors que les faibles doses étaient relativement mieux tolérées, des doses fortes étaient fatales : celle de 15 centimètres cubes s’est trouvée mortelle à deux reprises. Ces constatations sont peut-être un peu rop souvent perdues de vue dans la thérapeutique humaine, en particulier dans l'emploi des doses élevées etrépétées de sérum frais.

Le sérum sanguin a-til une valeur nutritive ? Il paraît bien qu’il possède une certaine valeur en effet. Le cobaye alimenté per os avec du sérum chauffé subit une perte de poids moins considérable que le témoin soumis à la diète hydrique simple (1). Îl est curieux de noter que celui de nos animaux quia succombé aux injections sous-cutanées de sérum

1. L'expérience suivante de Magendie sur la valeur nutritive du sang est citée par Dujardin-Beaumetz : « Magendie, en donnant à des chiens 1.000 grammes de sang liquide par jour, n’a pu faire vivre ces chiens, qui ont succombé du cent vingtième au cent vingt-sixième jour de lexpérience. Payen, qui a essayé la même alimentation chez les chiens, est arrivé au même résultat, c’est-à-dire que les animaux dépérissaient chaque jour. » Plus heureux, Bermond aurait obtenu de l'administration du sang

per os l’apaisement de la toux et le retour de l'appétit chez les tuberculeux.

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chauffé avait maigri deux fois moins que le cobaye témoin.

Une constatation plus importante est celle de la parfaite absorption rectale du sérum, faitbien connu des thérapeutes. La toxicité du produit injecté par cette voie nous à paru voisine de sa toxicité par voie hypodermique. Nous persistons à penser que l’emploi comme vecteur d’une solution analogue au sérum sanguin, mais dépourvue de toxicité, améliorerait considérablement l’absorption des lavements alimentaires.

Reste à déterminer la cause de la mort de nos animaux. Il ne s’agit assurément pas d’accidents d’anaphylaxie. Nos injections étaient quotidiennes et

. la mort est survenue du troisième au sixième jour,

alors que l’état anaphylactique ne doit apparaître que dix à douze jours après la première injection. Nous ne croyons pas davantage ici à l’action de toxogénines (Richet), de précipitines (Hamburger, Marfan), ou d’hémolysines (Wright), toutes substances que détruit le chauffage à 55 degrés.

En réalité, un fait domine la question : toxique par voie rectale et par voie sous-cutanée, le sérum s’est montré pratiquement inoffensif par voie gastrique. C’est donc que son passage à travers l'estomac et l'intestin grêle et l’action des sucs digestifs avaient détruit ou transformé ses éléments toxiques. Ces éléments ne peuvent être à nos yeux que les sérum-albumine, sérum-globuline, fibrino-globuline et nucléo-

protéide qui constituent la presque totalité du ré-

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sidu sec dusérum : digérées et transformées en acidesaminés, ces albumines sont devenues inoffensives par l'organisme et ont pu être absorbées impunément. Dès lors, la question s’éclaire : nos animaux ont succombé surtout à une intoxication par les hétéroalbumines du sérum passant en nature dans la circulation. Nous sommes ici en plein accord avec les expériences décisives de Castaigne, Chiray, Linossier et Lemoine sur la toxicité pour un organisme des albumines étrangères, surtout lorsqu'elles sont introduites, comme dans notre cas, à doses massives. Il serait facile de faire la contre-épreuve en additionnant nos lavements sériques de pancréatine active. Chiray a montré que, dans ces conditions, les solutions albumineuses injectées perdent toute toxicité. De nos expériences nous retiendrons donc surtout la nécessité de soumettre à une digestiou artificielle préalable aussi avancée que possible les albumines étrangères administrées par la voie rectale.

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