‹ Les leçons de la guerreChapitre 23 sur 34 · Le Temple enseveli · texte numérisé non relu

Le Temple enseveli

d'abandonner trop tôt, pour de hâtives productions, la période féconde où les œuvres s'élaborent. Nous avons tant dit et redit les mêmes choses qu'on peut douter que nous y ayons assez réfléchi; la monotonie de nos articles de guerre prouve que nous ne sommes que des perroquets : la sincérité est plus variée, la vérité est plus intéressante.

La littérature qui naîtra de notre rude épreuve aura moins que jamais le droit d'être insignifiante, vide de choses et toute en vaines paroles.

Déjà en 1870, les jongleurs de l'art pour l'art et les adorateurs superstitieux du style qui exagéraient le prix de la forme au point de réduire à néant l'importance des choses, avaient fait amende honorable. Ils reconnaissaient, avec Flaubert, que l'histoire contemporaine est une terrible réalité qui mérite qu'on lui prête une attention autrement sérieuse que si elle n'était qu'un thème littéraire pour le poète ou pour le romancier. Mais le sommeil de l'oubli, avec ses illusions et ses rêves dangereux, nous rendormit bientôt, et il en fut de notre velléité de devenir plus graves comme de la résolution que nous prîmes aussi alors de fermer nos portes à toutes les formes de l'espionnage allemand.

La leçon de sagesse que nous apporte, de nouveau, la guerre de 1914, sera, nous pouvons l'espérer, d'un peu plus longue durée, cette guerre sans pareille ayant, dans l'histoire de la France et dans celle du monde, beaucoup plus d'ampleur que la

précédente et que toutes les autres, et les surpassant tellement dans l'horreur sacrée dont elle nous remplit, que l'on ose fonder sur la quantité des morts et des ruines qu'elle a déjà amoncelées l'espoir qu'elle sera la dernière.

Gomme la Bible, la littérature française a ses grands textes que l'on peut commenter sans fin ; mais, à la différence des oracles plus ou moins obscurs et mystérieux que nous offrent la plupart des textes augustes, les livres sacrés de la France n'ont point d'énigmes; leurs pensées les plus synthétiques sont aussi claires que leurs plus limpides analyses :

« Les grandes pensées viennent du cœur. » — « Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi; on s'attendait devoir un auteur et l'on trouve un homme. » — « Quand une lecture vous élève l'esprit et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger de l'ouvrage; il est bon et fait de main d'ouvrier ^ »

Voilà les devises viriles et lumineuses qui demeurent le viatique de nos bons écrivains; ils ne s'alimentent pas de rébus.

C'est du Nord et de l'Est qu'arrivèrent chez nous, au siècle du romantisme, les nuages que notre naïf

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