VIII PREFACE
s'ils avaient simplement fait leur devoir, ils auraient vu d'abord que le devoir se confondait pour eux avec l'intérêt, et que Vun comme l'autre était d'embrasser la cause de la justice. Quand chacun fait ce qu'il doit, on n'a pas un mérite extraordinaire à faire comme tous les autres, et on ne s'expose pas à des risques rares et singuliers.
M. Maurice Millioud, rédacteur en chef de la Bibliothèque Universelle, a écrit courageusement, à propos de Vincident de la saisie, dans une lettre ouverte aux abonnés de la revue :
(( Est-ce notre faute si, dans les circonstances actuelles, le respect de la justice et de la foi jurée se trouve d'un côté et la tyrannie de Vautre ? Cette guerre a commencé par un triple forfait.,. Elle a continué par des atrocités sans nom... Oublie-t-on qu'il a fallu chez nous conquérir de haute lutte le droit de qualifier ces actes ?,.. »
Quand on est le directeur d'une grande revue suisse, il faut vraiment du courage pour parler ainsi; mais on m'a fait bien rire en louant le mien. Mon courage a consisté à recueillir en souriant la récompense toujours promise aux auteurs qui ont des démêlés avec dame Anastasie : on les lit avec plus de curiosité, et mon chapitre v profite un peu du châtiment ridicule infligé au iv^. Pour me punir, il aurait fallu au moins m'infliger une amende personnelle.
En temps de guerre, cependant, on peut imaginer des revers d'armes qui livreraient les polémistes d'un pays vaincu à de furieuses vengeances : je pourrais payer alors de ma liberté ou de ma vie la satisfaction d'avoir