‹ Les leçons écrites de Raoul PugnoChapitre 3 sur 35 · CHOPIN CHEZ LE PRINCE RADZIWILL, A POSEN · texte numérisé non relu

CHOPIN CHEZ LE PRINCE RADZIWILL, A POSEN

(Tableau de Siemiradzki. Collect. Antoine Jedrzejewicz)

dépendance rythmique. » Il va même jusqu'à dire de lui : « Il ne pouvait pas jouer régulièrement. » Dans la suite, à Paris, Chopin joua un soir chez la baronne de Krùdner des. Variations sur la sonate en la bémol de Beethoven. Un de ses amis, le pianiste Lenz, rend compte ainsi dans une lettre de l'impression qu'il a reçue en l'entendant :

« Il l'a interprétée admirablement, mais pas aussi admirablement que ses propres œuvres, pas de façon à nous transporter, pas en relief, pas comme une romance dont l'intérêt croît de variation en variation. Il l'a murmurée mezza voce, mais c'était incomparable dans la cantilena, la perfection même dans le phrasé, idéalement beau, mais féminin.1 Beethoven est un homme et ne cesse jamais de l'être! »

D'ailleurs Chopin n'aimait pas à jouer en public. Son jeu plein de délicatesse, de poésie, de réserve aristocratique, demandait le cadre restreint et choisi d'une élite capable de « commenter ce que mon jeu indique » selon l'expression du Maître. Et voilà pourquoi il lui répugnaitde se produire dans « la grande salle de monsieur tout-le-monde ! »

Le succès fut encore plus vif qu'au premier concert.

Chopin fut particulièrement sensible à l'hommage de l'orchestre et de musiciens renommés comme Lachner et Gyrowetz, qui l'applaudirent plus fort que tous les autres. Dès lors, les salons les plus aristocratiques de Vienne se disputèrent la présence du compositeur virtuose. Il joua chez les Schwartzenberg, les Dichichstein, le comte Lichnowski, devant lequel il exécuta la sonate op. 90 qui lui fut dédiée par Beethoven. On sait que le compositeur s'était inspiré du touchant amour conjugal qui unissait le comte et la comtesse Lichnowski.

Dans le grand monde viennois Chopin était choyé et adulé, et les musiciens réputés de la capitale ne lui marchandaient ni leur admiration, ni leurs encouragements. Cependant dans ses lettres il a peu de mots aimables à leur adresse. Ainsi parlant de Czerny, avec qui il joua souvent à quatre mains, il dit : « C'est un brave homme et c'est tout... il est moins froid que ses compositions. »

Son séjour à Vienne avait si bien réussi, que Chopin

FREDERIC CHOPIN

résolut de quitter définitivement Varsovie. Il ne se pressa pas d'y retourner, visitant d'abord Prague et Dresde, et rentra chez lui avec la préoccupation constante de se remettre en route. Déjà il pressent qu'il va s'éloigner de la Pologne pour n'y plus revenir. Néanmoins, malgré son

impatience de reprendre son vol, il remet son départ de jour en jour... C'est qu'un être cher, plus cher que la gloire qui l'appelle au dehors, plus cher que la musique sublime vers laquelle son génie élève son âme, vient de s'emparer de son cœur. Chopin aime.

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