‹ Les leçons intellectuelles de la guerreChapitre 10 sur 20 · QU EST-CE QUE LA CULTURE · texte numérisé non relu

QU EST-CE QUE LA CULTURE

guide traditionnel de l'Europe, s'était endormie encore dans une sécurité trompeuse.

L'Histoire de la Science française, surtout en ces derniers temps, ne fut pas sans offrir elle-même maint indice de ce laisser-aller fatal, gaspillage involontaire des dons de l'esprit. On a vu trop longtemps la plus intelligente nation négliger ses propres ressources d'intelligence, délaisser ses Universités, ses savants, décourager l'initiative, abandonner à la médiocre Allemagne, à ses riches laboratoires, à ses professeurs favorisés, à sa multitude de jeunes privat-docents, l'exploitation scandaleuse de nos belles découvertes. Il a fallu un conflit armé, des mois de luttes et de tâtonnements, pour qu'on aperçut devant le péril ce que pouvait être l'utilisation de la Science dans un état fort,jusqu'en les diverses industries de guerre ; et môme à quoi servait la « Culture allemande » dans les pays neutres. On fut ainsi édifié sur le rôle essentiellement pratique et national du « Herr Professor » , dont le pédantisme à lunettes avait tant prêté à rire... Ce n'est pas à dire qu'on n'ait point travaillé, dans nos Universités de pro-

vince, malgré de pauvres moyens, devant l'auditoire restreint de nos Facultés des Sciences et des Lettres, ou même à Paris, parmi l'indifférence d'une opinion publique trop distraite des choses sérieuses, trop insouciante de toute valeur qui ne fût pas consacrée par la presse ou débitée en conférences mondaines... Certes, on a travaillé pourtant. Mais si le public ne fut pas exempt de légèreté, nos « intellectuels » avaient-ils tous pris la bonne voie pour l'avertir, et d'abord pour voir clair eux-mêmes ? Il est permis d'en douter. N'y eut-il point quelque abus d'une érudition sans discernement, par où les gens sérieux croyaient se hausser à l'impassibilité scientifique, imiter le labeur « impartial » de nos voisins, le fameux « désintéressement » de l'Allemagne savante? Que dire surtout de cette méfiance envers les qualités françaises, envers l'intelligence judicieuse qui nous eût si bien défendus? D'ailleurs, comme on ne saurait tout de même se passer d'idées et de raisonnements, on se lançait avec une espérance toujours nouvelle dans la discussion de phllosophies innombrables, qui ne pou-

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