CHAPITRE PREMIER
qu'est-ce que la « CULTURE )) DANS UN ÉTAT FORT?
Tout se tient, dans le « mécanisme » de l'Histoire générale comme dans celui de la Nature : il faut bien répéter, puisqu'on la méconnaît, cette simple vérité si féconde. Sans doute, pour la commodité de l'étude, toute érudition doit avoir ses spécialistes ; mais le danger est qu'ils ne voient plus audelà de leurs catégories artificielles, et que la vie d'ensemble leur échappe. On a trop dissocié, par exemple, l'Histoire intellectuelle et politique : comme si, dans l'existence des peuples, les idées étaient sans rapports avec les actions... Au contraire, ne séparons pas les doctrines et les milieux où elles se développent, où elles sont destinées à agir : ne
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perdons pas de vue leurs relations vivantes, et nous apprécierons mieux le sens réel de ces doctrines, et par là même l'état moral des sociétés.
On peut donc chercher dans certaine philosophie d'un peuple, et jusqu'en ses théories scientifiques, des indications sur son état d'esprit, sur sa façon de voir et de vouloir : en un mol, sur son idéal ou sa civilisation. Cette méthode nous a semblé parfaitement applicable à l'Allemagne romantique de la fin du xviii" siècle. En étudiant « les Origines mystiques de la Science allemande », il s'agissait pour nous, plusieurs années avant la guerre inévitable, de remonter à ses causes loinlaines, d'élucider le Germanisme et d'en démasquer les fictions dangereuses — qui reposent en efl'et sur une certaine philosophie de l'univers. On semble plus disposé à l'admettre depuis les révélations de 1914- H apparaît bien en effet que l'Allemagne a puisé dans sa « Science allemande » ses méthodes d'expansion et aussi son fanatisme.
On voit par ce tragique exemple à quel point les idées — vérités ou erreurs — mènent
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les États, les organisent ou en compromettent la sécurité. Si la destinée du Germanisme donne à réfléchir, il y aurait presque autant à dire, sur le même chapitre, de notre latinité lumineuse et aimable : mais en quel sens différent ! Ce serait pleinement à sa louange, si l'esprit de prévoyance avait toujours soutenu ses hautes qualités. Or, tout se paie: pour favoriser une agression ennemie, il n'est rien de tel que l'imprudence de la victime... Vis-à-vis du péril allemand, on connaît l'histoire des civilisés d'Europe : souvent, c'est rintelligence facile, l'idéalisme satisfait, ce sont les imprudences... Trois époques, d'ailleurs encore brillantes, en ont fait la preuve à nos dépens. Une première fois, sous le règne néfaste de Louis XV, une défaillance de l'esprit national en France permit à Frédéric II de se jouer de nos philosophes. Puis, après l'Épopée impériale et la « chute de l'Aigle », la nouvelle génération inquiète et rêveuse accepta d'une autre philosophe, M™e de Staël, dupe de la pensée allemande, quelques illusions mortelles. Et enfin sous la troisième République la vigilance de l'esprit français,