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IV. — Deux particularités de l'Église de Rome

Avant de terminer ce chapitre, signalons deux particularités ayant trait au Cornes dont nous venons de donner la physionomie. Trois lectures y sont assignées à l'avant-messe, c'est un caractère qui se rencontrera plus tard en certaines liturgies, par exemple la liturgie ambrosienne ; il est incontestable qu'elle existait en Afrique du temps de saint Augustin comme on peut le voir

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par les sermons de ce grand docteur (i) ; d'ordinaire il y a connexion entre les lectures et les psaumes chantés : manifestement cet usage a du exister dans la liturgie de Rome, comme en Afrique, comme en Espagne, comme à Milan. Néanmoins on n'en trouve plus trace dans les documents qui vont être signalés au chapitre suivant, il n'y a en temps ordinaire que deux lectures, Epître et Evangile, la première empruntée quelquefois aux Prophètes ou autres livres de l'Ancien Testament et le plus souvent au Nouveau. Mgr Duchesne {Origines du culte chrétien, p. 168 de l'édit. anglaise) (2) estime que la leçon prophétique a dû disparaître à Rome, avant saint Grégoire le Grand, au cours du Ve siècle ; tout fait supposer en effet qu'elle existait primitivement et qu'on aura précisément voulu en conserver la trace dans ces lectures de l'Ancien Testament que nous retrouvons encore aujourd'hui, comme Epîtresde la messe. Le Liber Pontifîcalis, édit. Duchesne, I, p. 230, constate que sous le pontificat de Célestin Ier (422-432) on ne lisait à la messe que les Epîtres de saint Paul et les saints Evangiles. La leçon prophétique a cependant persévéré jusqu'à nos jours, aux Quatre-Temps et à certaines fériés du Carême. Elle était d'un usage courant dans la liturgie gallicane comme on le voit dans le Sacra-

(1) Voir Dictionnaire a" Archéologie chrétienne et de Liturgie, I, col. 63o : Afrique ; La messe du iv' au vt' siècle. Cf. Card. Bon a. Rerum Liturg., livr. i, ch. 7.

(2) Voir plus haut page 24, note t.

mentaire publié par Mabillon, Musœum italicitm, I.

L'autre particularité concerne les Quatre- Temps : notre Contes ne paraît pas en soupçonner l'existence. Cependant on ne peut méconnaître que cet ensemble déjeunes et d'offices n'existassent au moment où le rédacteur du Cornes composait son œuvre (i). Sans nous prononcer sur l'attribution de leur institution au pape Calliste, dans la première moitié du HT siècle (2) (Le Liber Pontificalis dit de ce pape : « Hic constituit jejunium die Sabbati TER in anno fîeri,frumenti, vini et olei gratia secundttmprop/ietiam »), nous devons dire que le pape saint Léon le Grand (440-461) en fait assez souvent mention dans ses sermons, qu'il en parle comme d'une institution des premiers siècles, des temps apostoliques (P. L., tom. 54, serm. 12, 15, 17, 19). Muratori dans sa préface au Sacramentaire léonien (tom. XIII, pars ia, p. 33 et suiv.) établit une comparaison entre les écrits de saint Léon et les paroles dudit Sacramentaire pour montrer que de part et d'autre les documents s'accordent sur la question des Quatre-Temps : le Sacramentaire grégorien comme le léonien mentionnent des samedis à douze leçons qui correspondent à nos samedis des Quatre-Temps et dans

(1) Dictionnaire de la Bible, Vigoureux. Tom. IV, p. 1 55.

(2) Voir Dictionnaire de Théologie catholiq., II, col. i334, et les références de Georçi, Liturg. Ponlif., III, p. 408. — Gerbert, Vêtus Liturg-, aleman., III, p. 980.

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lesquels les lectures étaient plus nombreuses en même temps que plus étendues. Mais alors pourquoi le silence du document de Tolède ? D. Morin , dans un article de la Revue Bénédictine t an. 1897, p. $-}fi et suiv., sur l'origine des Quatre-Temps, en donne la raison suivante :

« Les Quatre-Temps furent, à l'origine, une institution purement locale, appartenant en propre à l'Eglise de Rome. Dans cette Eglise, ils ont une importance exceptionnelle : on les donne comme établis par les Apôtres eux-mêmes (première moitié du V siècle). A partir de cette époque, les évèques de Rome ne cessent d'insister, dans leurs lettres à leurs collègues d'Italie et d'ailleurs, sur la nécessité d'observer ces jeunes des quatre saisons et de réserver pour ces jours-là l'ordination des ministres sacrés. Leur façon de s'exprimer donnerait lieu de croire que les Quatre- Temps durent être acceptés de bonne heure dans une partie notable de la chrétienté. En réalité, il n'en fut rien pendant bien des siècles. Ni à Capoue, sous l'évêque Victor au milieu du sixième siècle, ni à Xaples au siècle suivant, ni nulle part ailleurs en Italie on ne semble s'être conformé en ce point à l'usage romain. Parmi les péricopes napolitaines, il y en a trois intitulées Cottidiana pcr messes, plus trois jours de jeune après la Pentecôte (édition du Liber Contiens, I, p. 434) ; mais ce dernier jeune ne correspond qu'en apparence aux Quatre- Temps d'été. Les missionnaires

envoyés par le pape saint Grégoire durent vraisemblablement introduire l'usage romain en Angleterre de même que les moines anglo-saxons en Germanie dans le cours du vin0 siècle. Mais pour voir cette institution acceptée généralement tant en deçà qu'au delà des Alpes, il faut attendre la pression romanisante de l'époque carolingienne : encore les églises d'Espagne et de Milan se refusèrent-elles longtemps encore à adopter cette innovation ; de fait, cette pratique formait double emploi avec les jours de « litanies canoniques (i) » observées par elles de temps immémorial aux différentes époques de l'année. Les Quatre-Temps ne paraissent en Espagne qu'à partir de l'adoption de la Liturgie romaine à la fin du XIe siècle. A Milan, ils furent introduits beaucoup plus tard encore par saint Charles Borr ornée. »

(i) Sur ces Litanies canoniques, voir plus haut, p. 40, de Letanias canonicas et les lectures indiquées.

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