‹ Les légendes épiquesChapitre 112 sur 163 · Ed. Castets, chap. xi · texte numérisé non relu

Ed. Castets, chap. xi

2. Voir Cari Voretzsch, Uoher die Sage von Otjier dein Dlinem und die Entstehiinij r/e/- Chevalerie Ogier, Ilalle, 1891, p. 70-77 ; cf. p. 30-2.

3. La Chevalerie Ogier de Danemarrhe, par Ramberl de Paris, poème du XII*' siècle [publié par Barrois], Paris, 1842. Je négligerai ici les divers renovivellemenls français et étrangers et les continuations de ce roman.

KÉSU.MÉ DE LA LÉGENDE d'ogIER 299

Le fils de Charlemagne, Chariot, dans une querelle au jeu d'échecs, a tué d'un coup d'échiquier le fils d"Og"ier, et Charlemagne a refusé de faire justice. Og'ier a juré de ne laisser nulle trêve au roi tant qu'il n'aura {)as tué de sa main le meurtrier de son fils. Ogierobstiné dans son désir de tenir ce serment, Charlemag-ne traquant son ennemi pour le réduire à l'impuissance, c'est l'histoire mélodramatique et toujours aimée des publics populaires, dun révolté, d'un bandit sympathique qui, — tel Girard de Roussillon, tel Isembard ou Renaud de Montauban, — lutte contre des persécuteurs non moins sympathiques : car Charlot regrette d'avoir tué le fils d'Ogier, souffre de la détresse de son ennemi, voudrait l'apaiser. Qu il suffise ici de rappeler les traits essentiels de ce beau conte de vendetta : la retraite d'Og-ier à la cour du roi des Lombards, Désier, qui refuse de le livrer à Charlemagne ; — la bataille rangée que Désier et Ogier livrent à Charlemagne dans les plaines de Lombardie; — puis, la fuite héroïque du rebelle, le long de la voie romaine de Pavie au Mont-Bardon ; — le siège de sept ans qu'il soutient dans Castel-Fort, en Toscane, — et les beaux vers énergiques qui disent sa misère, quand il ne reste plus de vivants dans son château que kii et son cheval Broiefort :

83 i9 Quant il vuet moire, par soi le vait chargier. Et le molin vait par lui afaitier.

Quant veut de l'eue, du puich le va sachier Et chaufe seue et met sus le trepier.

Et sa farine va li dus tamisier.

■300 odiKR \M lJA^ols \ir saim-kahon

PesLrir sa pasLe quant il est rebraciés;

Ghaufe son for, tôt ce li a meslier,

Torne son pain et met sor le tablier;

]À bers Tenfornc, n'i a autre fornier.

A la loïe est li bers quisiniers,

Et, quand il vuet ne boivre ne mengier.

Sa table met, n'a autre despensier,

l']t ijuis va traire du vin en son celier :

Par lui tôt seul a la table s'asiet.

A Broiefort s'en revient, son destrier,

P'uerre et avainne li doue volentiers.

Puis li souslieve trestous les quatre pies;

Ou il n'a fer, li bers si li asiet.

Si Ta defors bien rivé et ploie...

Il s'échappe de son château, poursuivi de nouveau 'de repaire en repaire jusque dans les marécages de TArno, puis plus loin encore.

« Il est enfin fait prisonnier', mais non par la force •des armes. L'archevêque Turpin, revenant de Rome, le rencontre dormant dans une vallée ; malgré son amitié pour lui, le serment prêté à l'empereur l'oblige -il s'emparer du rebelle. Il le charge de liens pendant son sommeil et l'amène à Paris. Charlemagne veut aussitôt le faire périr de la mort la plus cruelle ; mais Chariot plaide pour lui, et Turpin propose d'ailleurs de le soumettre à un genre de mort qui, pour être lent, n en sera pas moins affreux. Si on veut lui laisser Ogier, il l'enfermera dans la prison de Porfe-Marlre à Reims et ne lui donnera par jour qu'un morceau de

1. J'emprunte ce résumé de la fin du romnn à VHistoire poétique de Charlemagne, p. 309.

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viande, un quartier de pain et un lianap de vin ; c'est un si grand mangeur qu'il ne résistera pas longtemps l à ce régime. L'empereur y consent, et Ogier est enfermé à Reims ; mais le bon archevêque fait pétrir des pains d'un quintal, fait faire une coupe qui contient un setieret lui envoie chaque jour le quart d'un bœuf, un quartier de ces pains énormes et le gigantesque hanap plein de vin. Il lui procure en outre toutes les distractions qu'un prisonnier peut avoir et l'entretient ainsi en vie.

« Cependant, la nouvelle de sa mort se répand parmi les Sarrasins, qui espèrent dès lors trouver la France sans défense. Brehier, un des plus puissants amiraux, envahit la France et pénètre jusque près de Laon. Nul n'ose lui résister; l'empereur lui-même est consterné; un jeune écuyer s'écrie alors : « Oh ! Si Ogier était ici ! » Charlemagne, qui ne veut pas avouer ses torts et qui croit Ogier mort depuis longtemps, fait pendre l'indiscret et menace de traiter de même tous ceux qui lui parleront de son ancien ennemi. Mais trois cents fils de comtes, de ducs et de princes, bravant cette menace, viennent entourer sa tente en se tenant par les mains, et se mettent à crier tous ensemble : « Ogier ! Ogier ! Ogier ! » L'empereur ne peut massacrer tant de coupables, mais que faire? Ogier n est-il pas mort ? Charles va à Reims et s'en informe : Turpin lui révèle son ingénieux artifice : Ogier vit encore, et lui seul peut sauver la chrétienté. Mais il ne consent à secourir l'empereur que si on remet Chariot à sa discrétion. Charlemagne se désole ; mais, comme Agamemnon, il se résigne : Chariot sera l'ho-

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