‹ Les légendes épiquesChapitre 113 sur 163 · OGIKH LK DANOIS ET SAINT-FARON · texte numérisé non relu

OGIKH LK DANOIS ET SAINT-FARON

locauste offert en expiation du passé. Ogier ne peut pardonner: il a juré de frapper le meurtrier de son lils. Tout ce récit est d'un pathétique puissant et bien rendu. Devant toute Tarniée, Chariot est amené à Ogier, dont l'empereur et les pairs essayent en vain de iléchir le cœur par leurs supplications. Déjà le père de Baudouinet a tiré son épée du fourreau, quajnd un ange descend du ciel :

10996 I^'amure tient de l'espee Irenchant :

« Ogier, distil, ne toucheras l'enfant ; Dex le défont, si t'en fait mandement : Fors une buffe li donras solenient Por g-arantir le tien fol sairement. »

(( Ce dénouement de la vieille querelle est grandiose et vraiment épique. Ohier combat contre Brehier, et naturellement il le tue. Dans les deux dernières branches, qui ne sont sans doute pas fondées sur un original ancien, on raconte le mariage du vainqueur avec une princesse anglaise, qu'il a délivrée des mains des Sarrasins, et les honneurs dont le comble Charlemagne. »

Le héros de ce roman ^ est assurément, comme

1. Dans rélude qui suil(que je veux alléger de toute discussion polémique sur les vaines reconstructions tentées par mes devanciers de formes plus anciennes de la Chevalerie Ogier), j'utiliserai surtout les travaux suivants : VHistoire poétique de Charlemagne, notamment p. 410 ss. ; le livre de M. C. Voretzsch, Ueber die Sage von Ogier, Halle, 1891 ; le compte rendu qui a été donné de ce livre par M. Ph.-A. Becker dans le Lileraiurblatt fiir germanische und roinanische Philologie, 1892, p. 401 ; le mémoire de M. S. Riezler, intitulé Nairyiea

RÉSUMÉ DE LA LÉGENDE d'oGIER 303

chacun l'a reconnu depuis les temps lointains de Leibnitz et de Mabillon, cet Ogier, vassal de Carloman, qui, s'étant réfugié en 772 auprès de Désier, roi des Lombards, l'aida en 773 à soutenir sa g-uerre contre Gharlemagne.

Quelle avait été la vie de ce personnage avant 772 ? Convient-il de l'identifier à un Autcharius dux que le roi Pépin avait chargé de messages auprès des papes en 753 et en 760 ? et à un Ofkarius mentionné en 779 dans une charte du monastère de Fulda ? et à un Occarius qui fonda le monastère de Tegernsee dans la Haute-Bavière ? Les critiques littéraires ont étudié ces questions avec soin, comme ils devaient, pour dresser un tableau aussi complet que possible des concordances de la légende avec l'histoire. Aujourd'hui cette recherche doit être tenue pour achevée : elle n'a donné que des résultats négatifs. Que l'on ait ou non reconstitué une biographie plus ou moins complète de VAu/charius réel, la chose peut intéresser les historiens, elle n'importe plus aux critiques littéraires : car il est aujourd'hui bien acquis' qu'en tout état de cause les poètes du moyen âge n'ont ex-

con Bni/crn iind Ogier (1er Dline ( Sitzungsbcrichte der philo- )iophisch-})hllologischen Classe der Akademie der Wissenschaften zu Mùnchen, 1892, p. 713-788). Cf., pour des références à d'autres travaux, les notes additionnelles de M. P. Meyer à la p. 171 de la nouvelle édition (IDOoi de l'Histoire poétique de (gharlemagne.

I. Seul, à ma connaissance, M. Riezler admet, contre tout bon sens, que VOccarius bavarois a fourni des traits à la figure léeendaire d'Offier.

.'{()4 OGIER LE UAiNOlS ET SAlN'I'-l' ARON

ploilé et connu de celle biographie qu'un seul événement : la rébellion d'Ogier contre Charlemagne.

Les poètes ont connu cet événement — je crois 1 avoir à peu près établi dans l'étude qui précède — par la Vita Hadriani ^.

Les clercs des églises de Lombardie, à Mortara, à Pavie, etc., ont exploité de toutes façons ce texte illustre. Ils y trouvaient l'histoire de la guerre de Charlemagne contre Désier ; ils y trouvaient Ogier aux côtés de Désier, en son rôle de rebelle et de protecteur des deux fils de Carloman, réfugiés auprès de Désier et poursuivis par Charlemagne. C'était le thème de la Chevalerie Ogier primitive, où la guerre de Lombardie était motivée non par une fabuleuse partie d'échecs, mais par la tutelle, assumée par Ogier, des « deus enfans petis » que Charlemagne persécutait. Ce poème se déroulait tout entier sur la via Bomea pereyrinorum ; il baignait dans l'ensemble des fictions relatives au roi Désier que les clercs avaient tirées de la Vila Hadriani. L'Ogier légendaire ne fut à l'origine qu'un satellite de Désier.

De cette légende, formée en Italie par l'effort combiné de clercs lombards et de jongleurs français qui exploitaient les pèlerins sur leur route vers Rome^ d'autres clercs, ceux de Saint- La ron de Meaux, vont s'emparer, et d'autres jongleiu's de geste, épousant leur dessein, célébreront désormais saint Ogier de Meaux.

Page 1