‹ Les légendes épiquesChapitre 114 sur 163 · I. Voyez ci-dessus, p. 184-l'.Mi · texte numérisé non relu

I. Voyez ci-dessus, p. 184-l'.Mi

LA CONVERSIO OTHGERII 305

Comment les moines de Saint-Faron exploitèrent

LA LÉGENDE d'OgIER.

a) La Conversio Othgerii.

Dans une antique abbave bénédictine de la banlieue au nord de Meaux ', les moines composèrent, comme appendice à la vie de saint Faron, leur fondateur, un court écrit hagiographique, intitulé : Conversio Ofhf/erii militis, qualiter, ahreiiuntions seciilo, Deo in nionachico hahitu mililavit '-.

En voici la teneur.

<( Il esl juste et bon d'ajouter à la vie xéiiérable du très pieux confesseur et très glorieux évoque saint Faron ce récit où l'on verra comment se retira dans son monastère... Ogier, homme de grande noblesse [Othgerius, vir illustris generosifafis), et si preux en bataille que, en mémoire de ses nombreuses victoires, il avait reçu, seul entre les guerriers et des guerriers eux-mêmes, le surnom de Praeliator forlis et pugnaior. Sa naissance et ses exploits kii

i. Sur l'abbaye de Saint-Faron, fondée vers 600, sous le vocable de Sainte-Croix, par l'évèque de Meaux saint Faron, qui y fut enterré, voyez la Gallia christiana, t. Vlll, col. 1688 et suiv., et Toussaints du Plessis, Histoire de la ville de Meaux, t. I, p. 33, p. 582, etc.

2. La Conversio Othgerii a été publiée par Mabillon dans les Acta sanctorum ordinis s. Benedicti, saec. IV, p. /(éd. de Venise, ITiJo), p. 617, et dans les Annales ordinis s. Benedicti, t. II (1704), p. 376. Cf. les Acta sanctorum des Bollandistes, 28 octobre, p. 620-2.

J. BÉniER. — Les légendes épiques, t. II. 20

306 or.iKn IA-: OANors et saint-faron

avaient valu tanl de g-loire el tant dhonneur qu'il élail devenu le premier de l'enipire après Gharlemagne '. Dans lout Téclat de sa puissance mondaine, il se prit à en considérer la fragilité cl la vanité et résolut de se retirer du siècle. Revêtu d'un accoutrement de pèlerin, il visita de nombreux monastères, décidé à l'aire profession dans celui où il trouverait la discipline la plus rigoureuse et la mieux observée. Ayant reconnu (par l'épreuve des clochettes attachées à son I)Ourdon de pèlerin et qu'il fait sonner dans l'église sans que les moines se retournent au bruit) que le plus saint monastère était celui de saint Faron, il dit à Charlemagne son désir de se faire moine dans cette abbaye. Gharlemag-ne fond en larmes, mais lui accorde la permission qu'il demande. Ogier décide à le suivre un de ses compagnons de guerre, Benoît. Ils déposent tous deux à l'abbaye de Saint-Faron leurs armes et tout ce qu'ils avaient possédé dans le siècle. La même année, Ogier quitta quelque temps sa retraite pour aller supplier Gharlemagne de faire quelque donation à Saint-Faron, Gharlemagne lui donna deux abbayes, l'abbaye de Reez (à trois lieues de Meaux), et une autre, que Gharlemagne avait longtemps possédée dans le faubourg de Verceil, et qui demeura la propriété de l'abbé et des moines de Saint- Faron aussi longtemps que le roi de France domina en Ualie. Puis, Ogier rentra au monastère et s'y imposa pendant de longues années des jeûnes et toutes sortes de mortifications. Jésus-Ghrist manifesta par des miracles combien la conversion d'Ogier avait été sincère et sa vie sainte. »

l. « Othgeriiis, vir geuerosa nobilitate clarissimus, Deoque pormittente in fretjuenli praeliorum oxercilatione victoriosissimus et ideo tempore gloriosissimi imporatoris, Magiii scilicet Garoli, inter Fraiicoriuu principes gloria et lionore sublimatus est ut posl ipsuia in regni imperio el dominalu exisleret sceundus. »

LA COWKRSIO OIHGERII 307

L'un des trois manuscrits de la Conversio que connaissait Mabillon donnait à la suite de ce texte une épitaphe d'Ogier et de Benoît ', laquelle se retrouve dans le recueil dépitaphes de Foucoie de Beauvais. Cette épitaphe est une simple mise en vers de la Conversio. Foucoie de Beauvais a commencé à versifier vers 1056; il est mort vers 1082 2; vefs 1084 plus probablement •^. Donc la Conversio est antérieure à l'an 1084 4.

Page 1