En voici le texte
Qiiam niale discernit quod amat, \cl qualia spernit
Cui placet aura soli, displicct aura poli 1 Exsul in externa, procul a regione superna.
Captus amore viae, non meminit patriae.
Militis Otf;eni conversio, digna videri,
Sufficit ad spéculum quo statuas oculuni, Legis erat pondus, locuples, a rege secundus,
Nobilis et sapiens, strenuus et patiens. Floribus his saeptus, praestabile culmen adeptus,
Omnia posthabuit, seque Deo Iribuit.
Evocat invictum rerum comitem Benedictum,
Ut par militiae participet ^eniae.
Crux simul accipitur, Crucis et locus iste subitur ;
Caesar et exuitur, Christus et induitur. Ite, pares aniniae, per quaelibet agmina priniae,
Fortes Caesari, fortia membra Dei.
Fortes athletae, per saecula cuncta valete :
Par crucis est species, par erit et requies. O quam par pulchrum ! par vivere, parque sepulchruni 1
Par fuit et tumulus, par erit et titulus.
2. Voyez sur Foucoie, archidiacre de Beauvais, ïHistoire littéraire de la France, t. VIII (1747], p. 113.
3. Voyez Alexandre Olleris, A M. J.-V. Le Clerc, Lettre sur Foucoie, Paris, 1842, p. 35.
4. D'ailleurs Mabillon avait trouvé la Conversio mentionnée dans un inventaire des manuscrits de Saint-Faron dressé au temps d'un abbé Gaufridus qui régit le monastère dans le troisième quai't du xi'= siècle.
308 OGlEll LE DANOIS ET SAINT-FAKON
D'autre part, Mabillon en connaissait un manuscrit, conservé à Saint-Faron, et qui, dit-il, avait été écrit « ante annos minimum septingentos », c'est-à-dire au x^ siècle. Si Mabillon ne s'est pas trompé dans son estimation de l'âge de ce manuscrit, aujourd'hui perdu, c'est à ce siècle qu'il faut attribuer la Conversio ^, sans (juon puisse préciser davantage '-.
Quel est le pei-sonnage que vénéraient au x'^" siècle les moines (pii composèrent la Conversio? Le tombeau de leur église contenait-il les restes de VAulcharius de la guerre de 773?
On l'a maintes fois supposé ; la vérité est qu'on n'en peut rien savoir. L'auteur de la Conversio ne fait pas l'identitication de VAutcharius de 773 et de VOthyeriiis qu il célèbre, et pour cause : il ne savait rien d'authentique de son héros, sinon qu'au temps de Gharlemagne ce personnage avait donné Reez au monastère de Saint-Faron : ce que l'auteur pouvait avoir tiré d'un obituaire ou de quelque charte. D'autre part, on ignore quelle fut la destinée de \ Autehariiis de 773 après sa soumission. On n'a que deux textes : la Vifa Hadriani, la Chronique de Moissac. La Vita
1. On ne saurait remonter plus liaut, vu rignorance manifeste où est l'auteur de la Conversio louchant lorigine, les fonctions et les actes de son héros. Il ne sait guère rien dire de lui, sinon qu'il était le premier personnage de l'empire apivs Gharlemagne, ce qui est imaginaire.
2. (( Ineunte saeculo decuno », dit Mabillon. Mais il n'a nulle raison de le dire, sinon qu'il croit la Conversio presque contemporaine de l'érection du monument d'Ogier dont il sera parlé ci-après; or Mabillon vieillissait de plusieurs siècles ce monument voir ci-dessous, p. 311).
LA COXVERSIO OTHGERIl 309
Hadriani dit que le rebelle se rendit de sa propre volonté au « très-bienveillant » Gharlemagne, et de cette épithète « très-bienveillant » 1 on peut induire que Charlemagne prit en gré sa soumission volontaire. Selon la Chronique de Moissac, Autcharius fut jeté en prison •. Emprisonné ou pardonné, que devintil par la suite? A-t-il survécu un an, ou dix ans, ou trente ans, à la guerre de Lombardie ? Est-il devenu moine ou non? Est-il ou non rentré en faveur? Nul ne nous en a rien dit. Une seule chose est assurée, vu la banalité du nom d'Ogier "', c'est qu'il a pu exister au temps de Gharlemagne vingt autres personnages de ce nom assez riches pour faire don d'une terre aux moines de Meaux ; et de ce personnage, quel qu'il fût, l'auteur de la Conversio pouvait dire, s'il lui en prenait fantaisie, qu'il avait été le premier de l'empire après Gharlemagne. On a donc toute raison de croire qu'il n'y a de commun que le nom entre l'Ogier de la guerre lombarde et l'Ogier enterré à Meaux.
Si l'auteur de la Conversio ne sait à peu près rien de la biographie vraie de l'Ogier enterré à Meaux, le connaît-il du moins comme un héros de légendes épiques? Nous n'avons nul motif de le supposer.
Il se borne à dire, comme on l'a vu, en termes emphatiques et vagues, qu'il fut de son temps un guerrier très illustre, ce qui est « de style )> dans les vies de saints ; et qu'il était très aimé de Gharle-
1. « Trusn in exilium Oggerio », ce qui signifie Ijien, dans le latin du temps, qu'il fut emprisonné.
2. On sait combien le nom de famille Aiigier,Augfr,A(ger, etc., est fréquent encore de nos jours.