OGIER LE DANOIS ET SAINT-FARON
magne, ce qui ne fut pas le cas de TOgier de la g-uerre lombarde. Mais nulle part l'auteur ne dit que la gloire dOgier se soit perpétuée dans le siècle : pas un mot qui rappelle ces passa g-es où les clercs de Saint-Uiquier, de Gellone ou de Pothières attestent qu'Isembard, Guillaume d'Orange ou Girard de Roussillon étaient, au temps où ils écrivaient, célébrés par des i^omans de jongleurs. Il est donc très probable que la Conversio est un simple livret d'édification, pur de toute influence épique, et consacré aux vertus supposées d'un inconnu qui avait eu le mérite de donner quelques terres à l'abbaye de Saint-Faron et qui s'y était fait enterrer.
h) Le Mausolée cVOgier.
Ayant visité, comme nous venons de faire, l'abbaye de Saint-Faron au temps de Foucoie de Beauvais, supposons que nous y revenions environ un siècle plus tard, vers l'an 1 180.
Nous y retrouverons le bon Othgerius et son compagnon Benedictus, mais non plus dans leurs vieux sépulcres carolingiens. Ils ont maintenant pour demeure un étrange et superbe monument, à la fois tombeau et chapelle, tout battant neuf.
Ce monument n'existe plus aujourd'hui ' ; mais une
1. L'abbaye de Sainl-Faron a été démolie au commencement du XIX* siècle : le monument lui-même avait disparu dès avant la Révolution (voir les Acla sanclorum des Bollandistes, t. XII d'octobre, p. 623); il existait encore en 1744 (voir le Recueil des historiens des Gaules, t. V, p. 468).
LE MAUSOLÉE d'oGIEH 311
gravure publiée dans les Acfa saiictorum ordinis sancti Denedicti et reproduite dans les Annales ordinis sancti Benedicti ', le représente, et nous en possédons en outre des descriptions anciennes. Mabillon, qui partageait, semble-t-il, l'ignorance archéologique de ses contemporains, le croyait du ix*^ siècle : « statim ah heroum nosfrorum ohitii condituni » ; et les quelques critiques littéraires qui en ont parlé Tont attribué tantôt « au ix" ou x^ siècle » (Paulin Paris), « au xi*^ ou au xu^ siècle » (Léon Gautier) -, ce qui indique quïls n'avaient guère regardé la gravure en question. Il est facile en elFet de reconnaître dans le monument les caractères du style roman d'époque tardive. M. Riezler ^ a consulté à cet égard deux conservateurs du Musée national de Munich, qui sont tombés d'accord pour le dater de la seconde moitié du xn'' siècle. D'autre part, M, André Michel, après un examen attentif de la gravure, a bien voulu m'écrire ^ :
« Ce devait être un monumenl tout à fait extraordinaire et qui devait rappeler le tombeau de saint Lazare à Autun. Il me semble impossible de le dater avant la fin du xii*^ siècle. Vers HlO-ilSO. Autant qu'on peut en juger à travers l'interprétation du graveur. »
<( Le mausolée d'Ogier et de Benoit, écrit Toussaints