Sur ces épées, voyez Mabillon (/. laud.) et P. Paris
LE MOXIAGE OGIER 315
ment de Meaux. Le poète de la Chevalerie Ogier dit en terminant son œuvre que le bon Danois, ayant rendu de grands services à Gharlemagne, fut enterré à Meaux, Benoît à ses côtés :
Puis vesqui tant com a Deu vint a gré; Api'ès sa fin fu a Mialx enterrés, Lés lui Benoit, de oui fu tant amés.
Les continuateurs de la Chevalerie Oç/ier feignent qu'Ogier fut ravi « en Faerie », et l'on ne sait, disentils, s'il est mort ou s'il vit toujours; mais ils savent que l'on montre son tombeau à Saint-Faron, et, pour tout concilier, ils disent que ce tombeau est un cénotaphe :
One n'est nus clers, tant soit enlatinès,
Qui sache dire se puis iOgiers) fu retornés,
Ne se il est ou vis ou trespassés.
Dieu en ait Tame ! S'il est mort, c'est pités.
Aies a Miaus, s'espee troverés,
S'i est sa tumbe et la Benoit delés,
Son escuier, que il ot conquesté
En Faerie, si com ouy avés.
Ci faull l'istoire d'Ogier le redouté '.
C'est la fée Morgue, lit-on ailleurs, qui enleva Ogier et l'emporta au pays de Féerie :
Recherches aur Ogier (Séances publiques des cinq académies, 2 mai 1842). Un passage amusant de Du Gange [s.v. Spatiia) nous montre Du Gange brandissant l'épée (^ourtain.
1. Vers cités par Adrien de Longpérier, dans le Journal des savants, 1876, p. 233.
316 r»(iii:iî lk da-nois et saiint-fahon
Dedens un riche char qui loul de l'eu senibloit
Fist eslever Ogier el si le ravissoit
Et ne seust qui) devint Tabbé (|ui la estoit ;
l'^nsemcnt lu ravi en Faerie tout droit.
Qui va a saint Pharon la tombe d'Ogier voit
Ou bien la cuidoil nielre Tabé, quant mort seroil,
Et Courtain son espee, de quoy Oger frappoit
Sur les félons payens eus ou temps qu'il regnoit * .
Ce n'est point par accident (jue les poètes l'ont allusion à saint Og-ier de Meaux : ils ont pris à son sanctuaire de Meaux plus d'une donnée de leurs romans.
Ils lui ont pris d'abord le personnage de Benoît. Benoît est, dans tous nos romans, l'écuyer d'Ogrier, il est inséparable d'Ogier, comme Pylade lest d'Oreste, comme Gorvenal l'est de Tristan. Benoît n'est guère un nom de laïc, mais plutôt un nom de religion. On voit par la Table des noms propres contenus dans les chansons de geste qu'il n'y a pas dans nos romans de second personnage de ce nom. J'ai regardé aux tables des trente premiers volumes du Becuoil des historiens des Gaules, des quinze premiers volumes des Monumenta Germaniae, des quatre premiers volumes de YHisloire de Languedoc, etc. La rareté des Benoît y fait contraste avec le grand nombre des Berengier et des Bernard, leurs voisins selon l'ordre alphabétique. Les personnages de ce nom sont des papes ou des évêques, des abbés ou des moines : le fondateur d'Aniane, Witiza, jsrend en religion le