Roniania, t. XXIII, p
LE MONIAGE OGIEH 325
çais plus ancien, et il a dû exister une chanson française du Moniac/e 0(/ier, comme il existe une chanson française du Moniage Guillaume.
De deux choses l'une : ou bien cette chanson du Moniage Ogier a vraiment existé, et c'est cette chanson qu'ont pareillement exploitée les moines de Meaux et l'auteur de la Chevalerie Ogier ; ou bien ell^ n'a pas existé : l'histoire du vieux moine qui retrouve son cheval de guerre est une légende de cloître, prise par les moines, de Meaux à d'autres textes latins, et en cette hypothèse l'aut^r de la Chevalerie Ogier' i\ exploité un document issu du monastère de Meaux.
Qu'on choisisse l'une ou l'autre de ces deux explications, il n'importe : elles nous montrent lune et l'autre, une fois de plus, les légendes épiques passant et repassant, par un mouvement perpétuel de va-etvient, des moines aux jongleurs, des jongleurs aux moines.
Pour passer des moines de Saint-Faron aux jongleurs, la légende d'Ogier ne devait pas avoir à faire long voyage : les jongleurs devaient chanter d'Ogier, les jours de foire, aux portes de l'abbaye. Je n'en veux d'autre preuve que le mausolée même d'Ogier.
En elTet, pourquoi a-t-on édilié un tel monument? Mabillon le croyait à peu près contemporain de la mort d'Ogier, en vertu d'un raisonnement peu archéologique, mais qui n'en a pas moins de la force. Il l'expose dans les Acta Saiicforum, il le répète dans ses Annales, en ces termes : « Non video quid Faro- ' nianos tuni movisset [au x'" ou au xii*^ sièclej ui hominibus jamprideni vita functis, et ex hominuni paene
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inemoria fuyienlibus sunipfuosuni niunu/nefituni, cui fere similc pro (empare vix invenias, paraverint. » Nous, qui. par des preuves archéologiques, savons aujourdhui que le mausolée est de la fin du xii'' siècle, nous sommes tenus pourtant de répondre à la t[uestion de bon sens posée par Mabillon : trois siècles après la mort d'Og-ier, pourquoi les moines de Saint-Faron lui ont-ils dressé un mausolée? Qui a pu en faire les frais ?
— Ce fut la famille dOgier ! répond naïvement M. Uiezler '. (jui sait c[ue le nftnument date de la fin du wf siècle. Comme s'il se fût trouvé en France, à la fin du xii'' siècle, [)lus de deux ou trois familles, en état de faire remonter leur généalogie jusqu'au temps de Charlemagne ! — A moins, ajoute M. Piiezler, que ce monument ait été élevé par les moines de Saint- Faron, « pour marquer à Ogier leur reconnaissance de ses donations. » A trois siècles de distance de ces donations, ce témoignag-e dispendieux de reconnaissance eût été, en vérité, chose méritoire 1 A mon sens, l'explication est autre. Que l'on veuille bien considéi-er la dépense d'arg-ent importante (jue représente une telle bâtisse, et surtout la hardiesse que suppose une telle nouveauté, la dédicace, dans une église, d'un monument à un héros de roman : ne faut-il pas qu'au jour oîi les moines consentirent cette dépense et risquèrent cette innovation, un long succès eût déjà habitué les esprits, autour de leur église, à associer leur Ogier et TOgier des jongleurs? S'ils ont dédié ce monument non pas au moine Ogier, mais