LE MON I AGE OGIER
au preux Og-ier. s'ils ont entouré sa tombe de héros de chansons de geste, s'ils se sont procuré ces (jrandia ossa que Montaig^ne admira, s'ils ont encombré leur sacristie de l'écu d'Ogier et de son espadon g'ig'antesque, c'est que, bien avant la construction de ce monument, les jongleurs, d'accord avec eux, célébraient le bon Danois autour de son sanctuaire. Sans quoi, si rOgier des chansons de geste n'avait pas été mieux connu à Meaux qu'Engelier le Gascon par exemple ou qu'Anseïs deCarthage, comment se représenter l'étonnement de l'architecte et des tailleurs de pierre quand on leur commanda cet étrange monument ?et l'ébahissement des dévots qui fréquentaient l'église au jour où ils virent pour la première fois, se dresser à leurs yeux, sculptés en pierres toutes neuves, le preux Olivier et la belle Aude aux longues tresses ?
Si les moines ont construit ce mausolée, sans risque d'un scandale, c'est qu'ils avaient su se former un public habitué à entendre aux portes de leur monastère une Chevalerie Ogier plus archaïque que celle que nous avons et un Montage Ogier. C'est un de ces monuments qu'on ne construit qu'après fortune faite : et ils l'ont bâti pour attirer à leur église de nouveaux visiteurs.
Plus tard, quand les chansons de geste furent passées de mode et qu' Ogier ne fut plus rien que le valet de pique, saint Fiacre et la Becnaude supplantèrent Ogier dans leur église et leur rendirent les mêmes services. Mais la légende d'Ogier était plus belle '.