‹ Les légendes épiquesChapitre 133 sur 163 · Bertolai · texte numérisé non relu

Bertolai

Mais ce ne sont pas les seuls critiques modernes qui affirment l'existence, au x*^ siècle, d'un premier auteur de Raoul de Cambrai ; c'est le jongleur même

1. Oïl voit aux vers i537 et 1807 que Beniier possède des terres qu'il a inféodées à cinq chevaliers,

Hommes Bernicr, s'en tienent lor contrée.

Ces terres, de qui Dernier les tient- il? Si c'est de Raoul, il n'est plus qu'un banal vassal chasé. Mais, partout où le poète dénombre les bienfaits de Raoul à son égard (vers 387, 400, 1382, 3416, etc.), il n'est fait nulle allusion à une concession de terre.

à qui nous devons le remaniement conservé. Au moment où il commence le récit de la grande bataille d'Origny, il s'interrompt pour dire :

2442 Bertolai dist que chançon en fera. Jamais jougleres tele ne chantera.

Mont par fu preus et sages Bertolais Et de Loon fu il nés et estrais, Et de paraige del mieus et del bêlais. Delà bataille vit tôt le g'reig'nor fais : Chançon en fist, n'orreis milor jamais, Puis a esté oïe en maint palais, Del sor Guerri et de dame Aalais, Et de Raoul, siens fu liges Cambrais.

Ainsi apparaît brusquement, dans ce remaniement, le premier poète, Bertolai de Laon. 11 n'est pas donné comme un jongleur professionnel, mais comme un homme de naissance noble combattant dans Vost de Vermandois, et qui, en pleine bataille, est attentif aux beaux coups frappés, parce qu'il chantera le lendemain la prouesse des uns, la couardise des autres. « Toute la vie de ces guerriers », écrit G. Paris, (( est ainsi enveloppée de poésie vivante. Ils se sentent eux-mêmes des personnages épiques et ils entendent d'avance, au milieu de leurs coups de lance et dépée, la chanson glorieuse ou insultante que l'on fera sur eux '. »

Pas un romaniste, que je sache, n"a douté de l'existence de ce Bertolai. Il fut, disent MM. P. Meyer et Longnon, « un témoin oculaire de la' guerre

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