‹ Les légendes épiquesChapitre 139 sur 163 · Pas-de-Calais, arr. d'Arras, cant. de Vitry-en-Artois · texte numérisé non relu

Pas-de-Calais, arr. d'Arras, cant. de Vitry-en-Artois

2. Bruxelles, 1902, t. I, p. 55 et suiv., et t. II, p. 45 et suiv.

3. (( Hugo, filins Rotberti, pactum securitatisaccepit a Nordmannis, terra filiorum Balduini, Rodulfi quoque de Gaugeio atque Hilgaudi extra securitatem relicta. » {Annales de Flodoard, éd. Ph. Lauer, p. 32).

'•iS2 LA LÉGENDF: de KAOUL de CAMimAl

cette invasion un récit très circonstancié, ne parle pas du territoire de Cambrai '. »

Si la thèse de M. Vanderkindere est vraie, Kaoul de Cambrai est un mythe. Mais est-elle vraie ? Je n'ai pas de compétence pour en décider. Si j étais sûr qu'elle est fondée, la présente étude serait vite achevée. Au témoii^nae-e de Flodoard, les iils d'Herbert tu/èrent en 943 un Kaoul qui n'avait rien à faire avec Cambrai ; selon la légende, les fds d'Herbert tuèrent Raoul de Cambrai : la légende procéderait donc d'une fausse interprétation du texte de Flodoard. Il me suffirait de montrer, — comme je le ferai bientôt, — qu'au xii^ siècle, les clercs d'une certaine église de Cambrai

1. Je laisse de côté les autres considérations de M. Vanderkindere, l'histoire qu'il lâche de reconstituer des comtes d'Ostrevant, etc. Je ne suis pas en état d'apprécier ces combinaisons, qui, en quelques endroits, me sont suspectes (par exemple, M. Vanderkindere allègue un texte sans autorité d'Aubri de Trois-Fontaines, SS., t. XXIII, p, 763 ; ailleurs, t. II, p. 48 et suiv., il dit que le poète Bertolai de Laon s'est inspiré de la Chronique de Waulsort, qu'il date, — en le vieillissant trop d'ailleurs, — delà fin du xi^ siècle ;mais Bertolai de Laon, s'il a existé, a vécu au x""). Je m'en tiens à son raisonnement fondamental, ci-dessus rapporté. Des trois arguments proposés, celui-ci du moins me semble résistant : si Flodoard désigne le Cambrésis, comment appelle-t-il le Cambrésis « la terre de Raoul de Gouy » , et non « la terre d'Isaac » ? Supposé qu'un Raoul de Gouy ait alors possédé un petit territoire, l'Arrouaise, limitrophe du Cambrésis ou enclavé dans le Cambrésis, n'est-il pas bizarre que, dans le texte de Flodoard et dans le traité conclu par Hugues, ce pays minuscule ait été mentionné sur le même plan de vastes régions, la Flandre et le Ponthieu?

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pouvaient s'intéresser à un certain Raoul qu'ils se représentaient comme un ancien comte de Cambrai. L'un deux, lisant Flodoard, y rencontre un Raoul de Gouy ; quel Gouy, sinon celui qu'il connaît à quelques lieues de sa ville de Cambrai, Gouy-en- Arrouaise ? 11 identifie, par l'erreur la plus facile et la plus commune, le Raoul de son église avec le Raoul dont Flodoard racontait la mort tragique — et la légende de Raoul de Cambrai sort d'un contre-sens'.

Mais si la thèse de M. Vanderkindere est fragile et si quelque historien la réfute un jour, je ne voudrais pas que mon étude fût compromise du même coup. Je renonce donc à faire état de Gouy-en-Ostrevant. Je ne retiens rien de la thèse de M. Vanderkindere et je ne fonde rien sur elle. J'admettrai dans ce qui va suivre que le Raoul de Flodoard, comme celui de la chanson de geste, a bien vécu en Arrouaise, donc en Cambrésis.

En cette hypothèse, il reste que Raoul n'était pas, comme le prétend la chanson de geste, comte de Cambrai. En 943, le comte de Cambrai s'appelait Isaac : il n'y a nul doute à cet égard. Tous les historiens de Cambrai, M. Reinecke ~ et M. Vanderkindere ^

1. On comprendrait dès lors que l'auteur du roman de Raoul de Cambrai mentionne plusieurs fois l'Arrouaise : puisque ce serait le nom de Gouy-en-Arrouaise qui aurait provoqué le contre-sens et toute la légende.

2. Geschichte der Stadt Cambrai bis zur Erteilunçj der((Lex Godefridi »{t227], Marbourg, 1896, Excurs l,Die Laiencjrafen von Cambrai, p. 220 et suiv.

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