Ouvr. cité, t. II, p. 52 et suiv
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eiili'c autres, sLivent i-etracer la longue histoire d'Isaac, d'après Flodoard et d'après des chartes et diplômes nombreux : documents de 916, 921,924, 939, 941, 9i(), 947, 9i8. Ils le peignent sous les traits d'un vassal fidèle de (Charles le Simple, puis de Louis d'Outre-Mer, et font voir qu'il posséda sans interruption le comté de Cambrai pendant une trentaine d'années et jusqu'à sa mort, survenue sans doute en 948.
Il existait donc en 943 un Isaac, comte de Cambrai ; il n'existait pas de Raoul, comte de Cambrai. Peut-on croire qu'à côté d'Isaac, comte « de Cambrai», il y eût un ou ])lusieurs comtes « en Cambrésis » et que notre liaoul ait été l'un deux? C'est l'hypothèse que forme M. Longnon, tacitement : il ne parle nulle part d'Isaac : mais si, une fois averti, l'on relit son étude, on constate qu'il a senti la difficulté. Parle-t-il du Raoul épique ? il l'appelle Raoul de Cambrai ; du Raoul historique ? il l'appelle Raoul de Cambrésis, ou Raoul, comte en Cambrésis. M. Ph. Lauer, de même, en son livre sur Louis IV d'Outre-Mer '. Malheureusement, ils ne possèdent, semble-t-il, sur ces comtés hypothétiques nul témoignage, rien que leur interprétation - des passages de Flodoard où il parle de Rodulfus de Gaugiaco. Parcontre, l'historien de Cambrai, M. Reinecke, semble avoir prouvé qu'Isaac n'était pas seulement
1. M. Lauer parle à plusieurs reprises d'Isaac, comte « de Cambrai w (p. 41, h. 6, p. 43, n. 4, p. 157, n. 3) ; mais (p. 95), de Raoul, « comte en Cambrésis ».
2. Celle même que M. Vanderkindere conteste, comme on a AU plus haut.
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comte de Cambrai [Stadtgraf], mais comte de Cambrésis [Gaugraf) ^ Où donc pouvait être le domaine du Raoul lég-endaire ?
Malgré ces doutes, puisque des historiens aussi considérables que MM. Lon^non et Lauer croient possible que le Raoul tué en 943 ait été comte en Cambrésis, je veux bien le supposer aussi. Je me borne à remarquer qu'en tout état de cause l'action de notre roman apparaît désormais comme irréelle. Le trouvère Bertolai savait nécessairement, en sa qualité de témoin oculaire, qu'lsaac gouvernait Cambrai depuis trente ans ; que Raoul de Gouy n'y était rien. Dès lors, comment la chanson de Raoul de Cambrai peut-elle appeler le père de ce personnage celui « qui de Cambrai tint TonnouD) (v. G), celui « cui fu liges Cambrai)» (v. 15) ? Comment peut-elle faire de Cambrai le fief, la ville forte, la résidence unique de Raoul ? C'est là à Cambrai qu'il convoque et rassemble ses homrries, là qu'on l'ensevelit aux côtés de son père, là que son successeur Gautier (v. 4012, etc.) réside à son tour. C'est « Cambrai ! » qui est le cri d'armes de Guerri le Sor ~ et de Raoul ^. Surtout, la donnée initiale et dominante du roman n'est-elle pas que Cambrai a été
1. Un comte de Cambrai du ix" siècle, Raoul (858-878), est appelé cornes pagi Cameracensis (Reinecke, p. 23) ; dans une charte où est mentionné le comte Ai-noul, probablement fils d'Isaac, il est dit que le Cateau-Cambrésis est situé « in pago Cameracensi ac comitatu Arnolfi comitis. » (Reinecke, p. 223).
J. Bédier. — Les légendes épiques, t. II. 25
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repris injustement par le roi Louis à Raoul, lequel veut le reconquérir ^ ? Si Bertolai avait conté une seule de ces scènes, alors qvie le, vieil Isaac g'ouvernait en paix sa ville, il eût soulevé la risée de tous.
Pour apprécier certaines autres incohérences du poème, il suiïit de se rappeler quelques faits de riiistoire de France. Le roi Charles le Simple, emprisonné en 923 par Herbert de Vermandois, meurt en prison à Péronneen 929. Dans les treize ans qui suivent son emprisonnement, de 923 à 936, règ'ne Raoul, duc de Bourg-ogne. Mais, à la mort de Raoul (14 janvier 936), les grands restaurent la dynastie carolingienne ; ils rappellent d'Angleterre, où il avait été emporté tout enfant par sa mère, le fils exilé de Charles le Simple : c'est Louis IV, surnommé d'Outre-Mer, qu'ils couronnent à Laon le 19 juin 936. Louis IV avait alors seize ans. Cela posé, voici le relevé de quelques-unes des incohérences de notre roman.