‹ Les légendes épiquesChapitre 149 sur 163 · L'abbaije cV Origny-Sainte-Benoîte · texte numérisé non relu

L'abbaije cV Origny-Sainte-Benoîte

La légende de Raoul de Cambrai se rattache à d'autres maisons religieuses encore : soit qu'elle y ait été seulement recueillie sur le tard, soit que telle et telle de ces maisons aient peut-être contribué, elles aussi, à la constituer. Il nous faut les visiter et regarder ce qui s'y passe.

Origny, que Raoul, selon la légende, incendia, est un gros bourg de la Thiérache, à seize kilomètres à Test de Saint-Quentin, sur la rive gauche de l'Oise (aujourd'hui canton de Ribemont). Vers le milieu du iv^ siècle, sainte Benoîte, dame romaine, reçut, dit-on, le martyre en ce lieu. Auprès de ses reliques, dès 850 au plus tard, une communauté bénédictine s'établit ' : celle que, selon la chanson de geste, gouverne Marsent, mère de Bernier.

Nous n'avons conservé malheureusement presque

1. Sur l'abbaye d'Origny, voyez la Gallia chrisliana, t. IX, col. 620; dom Lelong, Histoire du diocèse de Laon, 1783, p. 114 et suiv. ; J. Poissonnier, Histoire de Vabbaye royale d'Oriyny- Sainte-Benoitc, Saint-Quentin, 1888.

ESSAI d'une interprétation NOUVELLE 413

aucun des titres anciens de cette maison •. Mais les éi'udits du xvii" siècle connaissaient un petit traité de l'invention et translation de sainte Benoîte, conservé dans l'abbaye, et qui racontait la lég-ende de Raoul de Cambrai -. Par les extraits qu'ils en ont fait, on voit que ce récit avait été composé en français, en prose, au x\^ siècle au plus tard : il était fondé, di-

1. Nous n'avons que l'analyse, donnée par Fiodoard f//i.sloire de Véglise de Reims, liv. ii, c. 2), d'un diplôme de Charles le Chauve, délivré vers 850, et relatif à sa fondation. Nous possédons en outre une liste de noms danciennes abbesses

voir ci-dessus). Le Livre de la tresorye de Vahbaye d'Origny I Bibl. de Saint-Quentin, ms. n° 86), écrit à la fin du xiii« siècl e donne, aux paires 159 et 163, trois notes historiques relatives aux années 866, 1231, 1299, qui n'ont pas d'intérêt pour nous.

2. On conserve en manuscrit à la Bibliothèque de Saint- Quentin une Histoire de saincte Benoiste, vierge et martyre, patrone du royal et très célèbre monastère d'Origny..., par Quentin Delafons (1647). M. P. Hazard a bien voulu en copier pour moi quelques pages, d'où j'extrais ce qui suit. Aux pages 100 et suiv., Quentin Delafons résume et commente un «traité de l'invention et translation de sainte Benoiste, qui se trouve au livre du trésor de la dite abbaye », où il est question d'inceifdies qui ruinèrent l'abbaye : « Le premier de ces deux feux est attribué à la guerre qui fut entre Raoul, comte de Cambrai, et le comte de Vermandois... » [P. 102]. « Cette guerre estoit entre Raoul, comte de Cambresis,et Bernier, qui estoit fils d'Ymbert de Ribemont, et cet Ymbert de Ribemont, fils d'Héribert (ou d'Herbert, comme il y a en ce traicté), comte de Vermandois... » [P. 103]. «Ce seigneur de Ribemont pouvoit avoir un fils, qui fut appelé Bernier, d'une femme nommée Marsene, laquelle dudepuis fut abbesse de la dicte abbaye d'Origny. Et de faict nous pouvons tirer de ce traicté quelque subject de l'estimer ainsy, d'autant qu'il adjouste que la mère

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rectement ou indirectement, sur la clianson de g-este ' : il la résumait exactement, sans rien y ajouter, semblet-il. Ce traité donnait en outre ce renseigriement curieux que Ton montrait dans la nsf de l'ég-lise, à Orig-ny, la tombe de la lég-endaire abbesse Marsent, tuée par Raoul de Cambrai.

(le ce Bernier étoit abbesse de la dicte abbaye d'Origny eL s'appeloit Marsene [ou Marsence], et qu'elle engendra et eut le dict Bernier, ainsoin qu'elle fust religieuse et nonnain de la dicte église : non pas que je veuille dire que la dicte Marsene ait eu le dict Bernier depuis qu'elle fut religieuse, ainsy qu'on le pourroit estimer, prenant ce mot ains ou ainsoine comme signifiant encore ou combien, en une façon assez commune de parler de ce temps, mais d'autant qu'il est certain qu'ils signifient aussi devant et auparavant, comme il se peut justifier de ce qui se lit en ce mesme traicté : que li église est moult durement ancienne et avoit moult long temps quelle avoit esté fondée ains que li abbesse Ricouare fust abbesse... Au reste, ce bruslement, qui arriva au jour du grand vendredi, apporta un très grand dommage à cette abbaye, d'autant que l'abbesse Marcence et toutes ses religieuses et nonnains furent bruslées, non pas toutes fois tellement consommées par le feu qu'elles aient esté seulement suffoquées par le feu ou la fumée, d'autant que le traicté susdict remarque que cette abbesse Marsenne fut puis après enterrée dans la nef de la dicte église, devant l'huys qui est en la manche de saint Jean. » [P. 104]. « L'abbaye d'Origny fut réparée et restablie par la dévotion d'Ymbert de Ribemont et Bernier, son fils. )> — Ces données de Quentin Deiafons ont été résumées par Pierre de Saint- Quentin, Le Miroir d'Origny, Saint-Quentin, 1660, p. 404.

1. En effet, aucun autre texte connu de nous, ni la Chronique de Waulsort, ni Ph. Mousquet, etc. (voir Longnon, p. xLv), ne pouvait fournir tous les renseignements contenus dans les citations de la note précédente.

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