ESSAI DUNE INTERPRÉTATION NOUVELLE
Ainsi, dès une haute époque peut-être, la chanson de g-este de Raoul de Cambrai avait trouvé asile dans le monastère d'Orig'ny. Mais ce n'est là sans doute qu'un fait d'adaptation banal. Si ce monastère a recueilli ces fictions poétiques déjà développées, on ne voit pas qu'il ait en rien contribué à les former. En est-il de même des abbayes que nous allons maintenant considérer?
3. Les ahhayes de Waulsort , Homhlières, Saint- Michel-en-Thiérache , Bucilly .
Arnold de Baisse ' place au 28 mars une notice De heato Eilherto et dit qu'on vénérait encore au xvu'' siècle la tombe de ce saint - dans l'église du monastère de Waulsort, par lui fondé.
11 n'est autre que l'Ybert de Ribemont de notre poème, le père de Dernier, l'adversaire de Raoul de Cambrai :
3088 Le comte Yberl qui tenoit Vennaiidois ;
il a ceci de commun avec une vingtaine d'autres personnages de chansons de geste que nous connaissons le lieu de sa sépulture et que sa tombe fut honorée comme celle d'un saint.
1. Ad natales SS. Belgii Johannis Molani auctarium, Douai, 1526, p. 48. C'est d'après cet ouvrage qu'est composé l'article «Eilbert, comte de Florennes », dans la Biographie nationale belge.
2. « Visitur etiamnum sepulchrum ab humo modice adsurgens anle ostium chori. »
41 (> LA LÉGENDE l)l<: RAOUL DK CAMI5BAI
W'aulsort, sur la Meuse, ;i peu de distance de Dînant, est une ancienne abbaye de Bénédictins, qui releva tour à tour des évêchés de Metz, de Liège et de Namur.
Dès les premières années du xi'' siècle, elle eut à lutter contre un monastère voisin, celui d'Hastières, qui jusque-là était demeuré en sa dépendance '. La lutte s'envenima vers le milieu du xii^ siècle, au temps de l'abbé de Waulsort Thierry II : les moines d'Hastières, pour établir l'ancienneté et l'indépendance primitive de leur maison, avaient produit des documents falsifiés; les moines de Waulsort, pour maintenir leur suprématie, y opposèrent des documents non moins suspects pour la plupart -. Un moine de l'abbaye se chargea de les grouper en une relation suivie, Y Historia ]Valciodo7'ensis monaslerii^, com-
1. Voir L. Lahaye, Etude sur l'abbaye de Waulsort, de l'ordre de saint Benoît (944-1795), Liège, 1890.
2. Je n'ai pas, fort heureusement, à entrer dans l'histoire de cette querelle. Je me borne à dire que le bon droit était du côté de l'abbaye de Waulsort et que le conflit se termina par sa victoire (le 12 janvier 1132, Eugène III confirme la suprématie de Waulsort; le 8 mai 1152, Frédéric, roi des Romains, règle la sujétion d'Hastières; le 17 mai 1155, Adrien IV proclame à nouveau la prééminence de Waulsort, etc.).
3. Publiée d'abord par d'Achery, Spicilegiuni, t. II, p. 100 de l'édition in-fol., et t. VII, p. 511 de l'édition m-4''. M. Longnon a réimprimé, d'après l'édition de d'Achery, quelques pages de la chronique {Raoul de Cambrai, p. xcix). Waitz en a depuis procuré une édition meilleure dans les Mon. Germ. hist., SS., t. XIV, p. 505.