D'Achery, Spicilège, t. II, p. 605 : JalTé
2. Comme l'a récemment fait voir M. C. Liégeois [Mélanges Godefroid Kurlh, Liège, 1908» p. 42), un passage des Gesta pontificum Canieracensiurn, écrit entre 1041 et 1043, prouve que dès cette date la Madeleine était vénérée à Vézelay.
3. Les abbés soutenaient que l'abbaye était un alleu de saint Pierre et se réclamaient de la « liberté romaine » : ingenua libertas, ingenita ecclesiae nostrae lihertas, ces mots reviennent sans cesse sous la plume de l'auteur de la Chronique de Vézelay, Huon de Poitiers (lequel ne raconte d'ailleurs que les phases récentes de la lutte).
LES ABBAYES DE POTHIÈRES ET DE VÉZELAY 7o
la Madeleine, et il fallut, pour lever cette défense, une bulle du pape Pascal II, qui, vers l'an 1104, recommanda à larchevêque de Sens, aux évêques de Nevers, d'Autun, de Langreset d'Auxerre de protég-er Vézelay contre toutes vexations '.Désormais, autorisé par le Saint-Siège, le culte de la Madeleine de Vézelay est consacré, et son sanctuaire devient un des plus illustres de la France. Dès 1110, le légat du pape Richard y assigne rendez-vous. Faut-il rappeler que c'est là, auprès des reliques de la Madeleine, que saint Bernard, à Pâques de l'an 1147, prêcha la croisade devant Louis VII ; là que Thomas Becket, en 1166, lança l'excommunication contre le roi d'Angleterre; là que des milliers de croisés vinrent prendre leur bourdon de pèlerins ; là que Richard Cœur-de- Lion et Philippe-Auguste se rencontrèrent au moment d'entreprendre le voyage d'outre-mer ? Mais nous n'avons pas à descendre si bas dans le cours des temps: seuls les commencements du pèlerinage nous intéressent ici. Pour l'accréditer, les moines de Vézelay répandirent divers récits de la translation de sainte Marie-Madeleine. Tous appartiennent au xi'' siècle ou aux premières années du xii® ; c'est dans le même temps qu'apparaissent la chanson primitive de Girard de Roiissillon et la Vita Glrardis coryiitis. Nous sommes enfermés entre ces deux dates : 1040 environ, où naissent les premières légendes sur la Madeleine bourguignonne, 1100 environ, où ce travail légendaire
1. Nous ne connaissons cet interdit que par la bulle qui le lève {Spicilège, t. III, p. 469).
■est achevé et où la tradition se fixe. Dans cette courte période d'une soixantaine d'années, quatre récits ont ■été propagés tour à tour par les moines de Vézelay, •dans l'ordre que voici :
1° Ils dirent d'abord ', comme il était naturel, que le corps de la sainte leur avait été rapporté de Jérusalem. A quelle époque ? En quelles circonstances ? Le seul texte dont nous disposions n'en'dit rien. Il se borne à attribuer cette translation à un certain Baidilo. Ce texte, un passage des Gesta pontificum Cameracensiurn, est daté exactement : il fut écrit entre Tannée 1041 et l'année 1043'^.
2° La chanson de Girard de Roussillon\^ 612) donne une version plus précise : « Notre Seigneur fît à Berthe le grand honneur de lui donner la meilleure de ses saintes, celle à qui, pendant sa vie terrestre, il accorda le plus d'amour. Un jour, au temps de Pâques, il envoya trois moines et un prieur, qu'il guida par une vision. Ceux-ci passèrent la mer à grand ellVoi, et des terres païennes transportèrent le corps saint à
1. Je néglige ici un écrit très vague (Paillon, t. II, p. 731- 732), composé vers l'an II.IO, par un hagiographe plus préoccupé de raconter des miracles que d'expliquer d'où venait la chasse.
2. « In, vico qui dicitur Lulosa (Leuze, en Hainaut)..., vir venerahilis Baidilo requiescit, qui corpus S. Mnriae Magdelenae de Hierusalem in Burgundiam in loco Vercelliaco attulisse ferfur. )) (Monumenta Germanise historica, Scriptores, t. VIII, p. 464; cf. p. ;J32). C'est le mérite de M. C. Liégeois [La légende de saint Badilon, dans les Mélanges Godefroid Kurth, Liège, 1908, p, 42) d'avoir rappelé aux historiens du culte de sainte Madeleine la date de ce texte.
Vézelay au sommet de la montagne, et là ses serviteurs [Girard et Berthe] lui font un monastère. » En d'autres passag-es (§ 617, 632-5, 671, 674), le poète introduit, sans d'ailleurs parler à son propos de la sainte, un personnag-e du nom de Bedelon : c'est un chevalier qui tantôt combat dans l'armée de Girard^ tantôt l'assiste de ses conseils, et qui toujours est donné comme un homme sage et pieux.
3** La version donnée par la chanson de Gii'ard^ très simple et qui suffisait à tout, serait sans doute devenue définitive, sans l'étrange accident que Mgr Duchesne et M. G. Doncieux ont si bien raconté. Un moine de Vézelay, qui voyageait en Provence, y vit, dans le bourg de Saint-Maximin ^, un sarcophage gallo-roman. Ce tombeau, qui existe encore, et qui fut fait sans doute pour quelque riche chrétien du v<^ siècle, porte, entre autres motifs de décoration, une représentation du lavement des mains de Pilate. Mais le visiteur prit Pilate pour le Christ, le personnage qui présente l'aiguière pour Madeleine tenant le vase de parfums, et, persuadé que le bas-relief représentait l'onction de Béthanie, il crut avoir sous les yeux le tombeau de sainte Marie-Madeleine. Pourtant il voyait que ce sarcophage était vide et d'autre part il savait que les ossements de la sainte reposaient dans le couvent de Vézelay. C'est donc, pensa-t-il, qu'ils auront été jadis ravis à la Provence et emportés à Vézelay. Sur quoi, par une série d'hypothèses semi-naïves.