M. Bédier omet de nous dire comment son hypothèse peut
J. BÉDIER. — Les légendes épiques, t. II.
peut lurl l)ien avoir clé latinisé (lerlrudis eu crauLrcs actes (lu x« siècle.
M. Bédier me répondra sans doule que la femme d'Ybert s'appelait Hersent ' et non Guertru. Je ne l'ai point oublié et je sais fort bien qu'Hersent est mentionnée en 948 dans un diplôme royal accordé à l'abbaye d'Homblières, mais je me souviens également, pour l'avoir lu en la Chronique de Waulsort 2j que, devenu veuf, Ybert se serait remarié à la veuve du seigneur de Rumigny-en-Thiérache, laquelle, de son premier mariage, avait eu deux fils, Arnoul et Godefroy, qui, bien certainement, doivent être identifiés avec les enfants de Guertru, dont parle la charte de 958. La mort d'Hersent se placerait donc entre 948 et 958, et il y a peut-être lieu de supposer que les deux monastères de Saint-Michel et de Bucilly auraient été fondés sur les biens qu' Ybert de Ribemont possédait alors du chef de sa seconde femme, la dame de Rumigny 3.
Peut-être avais-je entrevu quelque chose des difficultés qui me sont ici opposées et qui sont graves. Si je ne les ai pas marquées de moi-même dans mon étude, c'est que, discutant ces questions en deux notes succinctes, je m'en tenais au fait qui prime tout et qui avait suffi à former ma conviction : les trois actes authentiques ici considérés s'accordent à désig'ner comme le fondateur de l'un et de l'autre monastère un personnage qu'ils qualifient «comte» ou ce comte de Vermandois ». Or, Ybert de Ribemont n'était ni comte de Vermandois, ni comte de quoi que ce fût. Donc il n'a fondé ni l'un ni l'autre monastère.
Je m'en tenais à ce raisonnement et je m'y liens encore,
s'accommoder du nom Weltrudis, qui, ici, s'appliquei'ait d'après lui à la femme d'Albert l"'.
1. Ilersindis dans le diplôme royal de 9llS, Ilerinsindis dans la chronique de Waulsort (Moniimenla Gerinaniw hisloj'ica, t. XIA', scriplorum, p. 506, 509, 515 et 518).