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H4 LA CONQUÊTE DE LA BRETAGNE PAR CHARLEMAGNE

Enfin, Roland fut, au témoignage d'Einhard, Britannici l'unilis pracfectiis ; dans Aiquin, il est le fils d'un Breton de Vannes. — Cette concordance entre l'histoire et la légende est sans valeur, car, d'une part, il est improbable que la marche de Bretagne ait compris Vannes. D'autre part, précisément parce que Charlemagne envoya Roland comme préfet dans cette région, il est k croire que Roland n'en était pas originaire. S il est donc vrai (ce dont j'ai des raisons de douter ') que Rolandsoit devenu '.<■ le héros national de la marche de Bretagne », c'est un étranger que les gens de la marche de Bretagne auront choisi pour

nieux. Nier la conquête de la Bretagne par le grand empereur, on n'y songea pas. Restait à fixer la cause et les circonstances de cette conquête. Or la Bretagne avait été, vingt années durant, soumise au joug des Normands, c'est-à-dire des païens. La mission de Charlemagne, le but de toutes ses expéditions, dans l'opinion populaire, c'était de combattre les païens, les infidèles. Dès lors la conclusion est facile, ou plutôt elle est forcée : l'expédition de Charlemagne en Bretagne ne pouvait avoir qu'un but, l'expulsion des païens. Aussi le poème dont nous parlons, bien qu'on le nomme habituellement la chanson d^Aiquin, est-il, dans le manuscrit qui en reste, intitulé : Conquête de la Bretaif/ne par le roy Charlemaigne : mais conquête non pas sur les Bretons : au contraire, conquête accomplie par Charlemagne avec l'aide des Bretons sur les païens... » — Cet « expédient » qu'il attribue à 1' « imagination populaire », A. de la Borderie a tout à fait oublié qu'il l'a tiré de sa propre imagination (il l'a oublié, à telles enseignes qu'il le qualifie de (( fort ingénieux »). Ce genre d'oubli et de confusion est à la racine de la plupart des rapprochements de l'histoire et de la légende que proposent les critiques des chansons de geste.

1. Je les exposerai en une autre étude (voir notre tome III).

LA COMPOSlTIOiN DU ROMAN b'aIQUIA 115

leur « héros national » : soit par simple fantaisie soit pour avoir lu le texte d'Einhard à contre-sens.

Pour résumer cette discussion, il nous semble que le vieil historien de la Bretagne, d'Argentré ^, a dit, il y a plus de trois siècles, le dernier mot sur Fhistoricité de la légende cVAiquin, le jour où, sans souci dlncon, ni de Wicohen, il exprima cet avis sage, et donc méprisé : (( Ce ne sont que pures fables et véritablement bourdes et bayes, car oncques ne fut en Bretaigne un Aiquin, oncques Charlemaigne n'entra en Bretaigne. »

La composition du roman d Aiquin.

Ces « fables », ces « bourdes » et ces « bayes, » renonçons à les guinder vers la dignité de l'histoire. Elles y gagneront. Pour nous y plaire, il n'est que de bien démêler pourquoi le poète du xii'' siècle les a imaginées.

Il a combiné de longs récits de guerre : mais froids et sans beauté. Ses Sarrasins et ses chrétiens se battent sans trêve ; il est visible pourtant qu'ils s'acquittent de leur tâche, avec conscience sans doute, mais comme si c'était une corvée ; sous les mêmes noms ou sous d'autres noms, ces héros ont déjà si souvent accompli les mêmes prouesses entant d'autres chansons de geste ! C'est que le cœur du poète n'était pas à ces récits de

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