‹ Les légendes épiquesChapitre 32 sur 163 · La Borderie, t. II, p · texte numérisé non relu

La Borderie, t. II, p

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difficulté en allant se faire consacrer par le pape'. » Aleth était l'évêché le plus voisin du siège de saint Samson ; un bon nombre de paroisses doloises étaient enclavées dans son territoire ; aussi la défection d'Aleth dut-elle être sensible entre toutes à Tég-lise de Dol.

Désormais le successeur de saint Samson, qui s'appelle à cette époque Geofroi le Roux (1130-1147), ne garde plus que deux suifragants fidèles, les évêques de Tréguier et de Saint-Brieuc. Les infortunes continuent à pleuvoir sur lui : le 15 mai 1144, le pape lui laisse encore le pallium, mais à titre personnel, et il renouvelle la condamnation des prétentions de Dol.

L'état des choses semble alors désespéré. Vers cette époque pourtant, les espérances doloises renaissent, sous les archevêques Hugues le Roux (llo5-1161), Roger d'Humez (-1163) Jean III (-1177), Roland II ou III (-1187) -. Le roi d'Angleterre Henri II les favorise, ainsi que le pape anglais Adrien IV, et les papes Alexandre III et Lucius III,

Durant cette période, où le procès reprend, où les papes accordent le pallium^ où ils invitent les archevêques de Tours à entrer en composition amiable avec Dol, où ils les mandent à comparaître devant le Saint- Siège pour y défendre leur cause, où l'un d'eux,

1. Joûon, p. xLi. En 1127, Donoal d" Aleth figurait parmi les suffragants de l'archevêque de Tours dans une assemblée tenue à l'abbaye de Redon.

2. Voir la GalUa christiana, t. XIV, col. 1847-52; A. de la Borderie, t. H, p. 202; voir aussi les pièces du procès publiées par Dom Martène, Thésaurus novus anecdotoruni, t. 111, p. 886-

124 LA CONQUETE DE LA imTCTAGNE PAR CITARLEMAGNE

Alexandre III, s'adresse au roi de France, Philippe- Auguste, pour le prier de s'entremettre dans le conflit et « de regarder d'un œil plus clément la désolation deFég-lise de saint Samson », — pendant cette période^ l'espoir se renouvela à Dol de regagner au moins une part des anciennes prérogatives et de reconquérir Févêché infidèle le plus voisin, celui dont la perte était la plus cruelle, l'évèché d'Aleth ou de Saint- Malo. '

C'est en ces circonstances que le roman dAiquin fut composé ; elles l'expliquent tout entier. Ce sont elles qui en forment 1'^ élément historique », et non je ne sais quels souvenirs des âges carolingiens. Ce roman qu'on a voulu transporter dans un passé lointain, replaçons-le dans son temps ; sachons y reconnaître des préoccupations contemporaines et immédiates, l'influence du «■ moment » ; par là il redeviendra peut-être chose vivante. 11 n'est rien qu'une œuvre d'actualité, destinée à établir la précellence du siège de Dol ou de saint Samson, la vassalité du siège d'Aleth ou de saint Malo.

De cette vassalité aux époques anciennes, il n'y a nulle trace dans l'histoire, ou du moins dans ce qui en tient lieu, dans les Vies des fondateurs de l'une et de l'autre église.

Quiconque au xii" siècle voulait, comme ce fut le cas de notre poète, dire quelque chose des relations des deux églises aux temps voisins de leur fondation, devait se référera ces Vies : il n'y avait pas d'autres sources. Or ces Vies s'accordent à dire que saint Samson et saint Malo étaient venus, l'un et l'autre, de

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la Cambrie méridionale, évang'éliser en Armorique deux contrées voisines l'une de l'autre, tous deux dans le même temps. Il n'y a qu'à jeter un coup d'œil sur leurs biog-raphies pour reconnaître que l'auteur de la Chanson dAiquin les a intentionnellement faussées.

Voici, en quelques mots, le résumé de ces biographies.

Vers Van 550, Malo, alors âgé de trente ans, et qui était en Grande-Bretagne le chef d'une communauté, franchit la mer, menant avec lui une trentaine de disciples. Il aborda dans l'île de Cézembre, où Festivus, qui y dirigeait une école monastique, laccueillit; puis Malo passa sur la terre ferme, à Aleth, et de là à Corseul, pour y prêcher par les pays. A Corseul, il ressuscita un païen. Ce miracle l'affermit dans la région et il fut appelé à l'évêché d' Aleth *.

Dans le même temps, entre 548 et 550, Samson, qui était d'ailleurs l'aîné de Malo, et qui avait déjà parcouru en Grande-Bretagne une longue carrière de moine, d'abbé, d'anachorète et d'évêque, prit terre en Armorique, sur la grève qui sépare le Couësnon de la Rance, à l'embouchure de la petite rivière du Guioult. Ses disciples et lui ne trouvèrent pour leur premier asile qu'une masure [tuguriolum], dressée sur le rivage, où un malheureux pleurait : une vision lui avait promis qu'un homme aimé de Dieu viendrait d'outre-mer pour guérir sa femme lépreuse et sa fille démoniaque. Samson, à peine débarqué, opéra le double miracle et passa la nuit dans la cabane. Un

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