‹ Les légendes épiquesChapitre 45 sur 163 · La Chevalerie Ogier, éd. Rarrois, v · texte numérisé non relu

La Chevalerie Ogier, éd. Rarrois, v

2. Je crois bien faire d'écrire Loges par une majuscule. Ce sont sans doute ces Logiae dont nous parle, entre autres chroniqueurs, Jacques d'Acqui.

Li l'ois herberge de la outre Mongis; Grans sunt les os qui le règne ont porpris. Li jogleor ont lor vieles pris, Grant joie mainnent devant le fil Pépin : Li rois fu liés, si ot beii du vin.

Le Mont Saint-Bernard, Aoste et la Cambre, c'està-dire Caméra au nord d'Ivrée entre Settimo et Bard ^, voilà un premier itinéraire bien dessiné.

Mais l'entrée principale des pèlerins était par le Mont Cenis et par le val de Suse. Là se dressait sur leur voie l'hôpital du Mont Cenis, dépendance de l'abbaye de la Novalese : nous viendrons bientôt y recueillir des légendes.

Tous les chemins mènent à Home, dit le proverbe; mais je n'aurai garde de conduire le lecteur partons les chemins. Ma thèse étant que maintes légendes se sont formées sous l'influence du pèlerinage de Rome, ce sera un indice certain de sa justesse si les légendes carolingiennes viennent se placer d'elles-mêmes sur la route vraie, non pas sur des chemins détournés, accidentels et qui allongent, ni à quelques lieues à gauche ou à droite de la route, mais sur la chaussée même par où se faisaient normalement les plus grands passages de pèlerins. Pour déterminer en gros la route vers Rome la plus fréquentée, il suffît de regarder dans le Corpus inscriptionum lafinariim le tracé des voies romaines -, Que l'on vienne du Mont Cenis par

1. Cf. Theodor Miiller, Zur Géographie der àlteren chansons de geste (dissertation de Gôttingen), 1903, p. 12.

2. T. V2 du Corpus [Liguria et Transpadana) et t, IX [Viae niiblicAe Italiae mediae et inferioris).

132 LES CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES d' ITALIE

Suse et Turin, ou du Graiid-Saint-Bernard par Ivrée^ la route passe par Pavie et Plaisance, et l'on suit la voie Emilienne par Modène et Imola, pour franchir les Apennins vers Bag-no ; on rejoint à Arezzo la voie Cassienne, qui conduit à Rome par Viterbe et Sutri.

Une partie seulement de ce trajet peut varier sans que la route en soit allong-ée ou rendue plus difficile : c'est si Ton préfère abandonner la voie Emilienne avant Parme pour franchir les Apennins au col de la Cisa et g-agner Pontremoli, Lucques, Sienne, Viterbe.

Ces itinéraires suivent à Tordinaire des voies romaines. A vrai dire, ce sont des routes éternelles. Il y a intérêt pourtant à connaître quelles étaient les stations où s'arrêtaient de préférence les voyageurs du moyen âge.

Nous possédons, pour la période qui nous occupe, de nombreuses descriptions de cette double route. Il suffira à notre dessein de nous servir :

1*^ de l'itinéraire de Sigeric, archevêque de Ganterbury (-|- 994), qui va de Roma usque ad mare, c'està-dire jusqu'à la Manche, en passant par le Grand- Saint-Bernard * ;

1. Memorials ofDimstan, éd. Slubbs, 1874, p. 391 et suiv. ; Kourad Miller, Die âllesten Weltkarten, t. III (1895), Stuttf^'art, p. 156 et suiv. Voyez surtout, pour le commentaire de ce texte, Julius Jung-, Das Ilinerar des Erzhischnfs Sigeric von Canterhurt/ und die Strasse von Rom nach Liicca, dans les Mit- Iheilungen des Inslitntes fur ôsterreichische Geschichtsforschung, t. XXV, 1904, p. i, et G. Grôber, Romanisches aus miltelallerlichen Ifinerarien, dans les Rausteine zur romanischen Philologie, Feslgahe Jiir Ad. Miissa/ii, Malle, 1905, p. 513.

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