‹ Les légendes épiquesChapitre 58 sur 163 · Éd. Cipolla, p. 18S · texte numérisé non relu

Éd. Cipolla, p. 18S

172^ LES CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES d'iTAUE

SUS, sétant échappé à grands risques, rejoig-nit sa mère, la reine Anza, à Brescia, où elle avait fondé une église en l'honneur des saints Faustin et Jovite,

En ces légendes, d'un coloris si barbare, maints critiques veulent reconnaître des « restes de l'épopée lombarde ». « Adelgis, écrit M. Pio Rajna, est un héros de l'épopée germanique, plus proprement de l'épopée lombarde K » Et Gaston Paris, dans YHistoire poétique de Charleniaffne-, apprécie en ces termes les récits de notre chronique : « Ce sont ici les derniers accents d'une nationalité germanique expirante, du grand peuple lombard détruit par Charlemagne. Les légendes que nous a conservées la chronique du monastère de Novalese sont empreintes d'un sentiment d'hostilité contre les Francs et leur chef, qui ne peut laisser leur provenance douteuse. »

On doit constater tout d'abord, et au contraire, qu'il n'y a dans la chronique de la Novalese nulle trace d'un sentiment d'hostilité contre les Francs et leur chef. Désier, il est vrai, et Adelchis y sont des personnages sympathiques : le souvenir des fondations pieuses du roi Désier et de sa femme Anza survivait, au temps de notre chroniqueur, dans maintes églises de la région : à Pavie, par exemple, et à Brescia '^.

1. Bomania, t. XXIII, p. 60, note 1. Voir F. Gabotto, Notes sur quelques sources de Vépopée française [Revue des langues romanes, 1897, p. 259).

3. On trouvera une lonj;ue histoire légendaire de Désier et de sa femme considérés comme des fondateurs d'églises et d'abbayes dans le Chronicon Brixinnum (commencement du xv^ siècle ; voir Muratori, Srriptores rerum italicarum, t. XIV. p. 84'3-60).

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C'est là que le chroniqueur a pu prendre l'idée déménager les adversaires de Charlemagne et de les traiter avec indulgence. Mais il n'a pas le « patriotisme étroit h : il est bien mieux disposé encore pour les Francs et pour leur chef. Il considère Gharlemagne, conquérant la Lombardie, comme l'envoyé de Dieu : (iRegnum italiciim divinitus obtiniiit '», Il est visiblement fier que Gharlemagne ait séjourné à la Novalese, qu'il ait été Tami de l'abbé Frodoin, que Dieu ait fait le miracle de remplir de vin et de victuailles, à l'usage des conquérants francs, les celliers de l'abbaye, et que Gharlemagne ait enrichi le monastère des dépouilles du roi lombard.

Très favorable à Gharlemagne, il n'a pas cru pourtant qu'il fût obligé de peindre ses ennemis, Désier et Adelchis, comme des tyrans et des coviards. Ge n'est pas un indice qu'il ait exploité des chants lombards du vin'' siècle. Gomment ces chants lombards auraient-ils pu survivre jusqu'à son temps ? S'ils s'étaient conservés pourtant, comment aurait-il pu les comprendre, lui qui parlait une autre langue, le français probablement? Je sais bien que, pour plusieurs, de telles difficultés n'en sont pas. Je rechercherai pourtant si nous sommes tenus d'admettre la survivance au xi*' siècle de chants lombards du vni®, et si notre chroniqueur n'a pu prendre l'idée de ses récits dans des livres latins.

Pour composer son ouvrage, il a utilisé en effet des livres latins, en grand nombre : Jordanes, Liud-

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