‹ Les légendes épiquesChapitre 65 sur 163 · Éd. Barrois, t. II 1842), p · texte numérisé non relu

Éd. Barrois, t. II 1842), p

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lu lég-ende dWmi cl d'Ainile est contenue, comme on sait, dans une épître en distiques latins ^ où sont célébrés tour à tour les amis célèbres, Damon et Pythias, Nisus et Euryale, etc. Elle est Toeuvre de Raoul le Tourtier [liadiilfus Tortarius), moine de Fleury-sur Loire, et elle date de la lin du xi^' siècle "~. Raoul le Tourtier connaît déjà le miracle de la réunion des tombes et le place à Mortara près Verceil : « Personne, dit-il, pas même la Mort, n'a pu séparer Ami et Amile et rompre leur amitié :

19 « Ex illo valuit quam lempore solvere nemo Nec mors, namque locus continet unus eos. Est prope Vercellis fundus Mortaria dictus, Horum famosos qui cumulât tumulos. »

Qui furent ces deux iiéros, si anciennement célébrés par la poésie, si anciennement vénérés par 1" Eglise ? Chacun retrouvera dans son souvenir leur belle histoire, si j'en rappelle quelques traits. Ils étaient deux enfants nobles conçus à la même heure, nés le même jour en deux rég'ions de France éloignées l'une de l'autre. Leurs parents, avertis miraculeusement

1. Publiée par E. de Certain, Archives c/es Missions, t. V (1855), p. 119-123. La partie de cette Epistola qui concerne Ami et Amile a été publiée par C. Hofmann, ouvr. cité, p. xxiv.

2. Raoul le Tourtier est mort peu après 1122. E. de Certain [Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, série IV, t. I, 1853, p. 488) place entre 1090 et 1100 la composition de VEpistola qui nous intéresse. Cette détermination de la dale n'a pas été contestée depuis, que je sache.

qu'ilsétaientprédestinés aune éternelle amitié, les portèrent au pape, pour qu'ils fussent baptisés le même jour, parle même parrain; dès l'enfance, ils se ressemblaient à tel point que nul ne pouvait les distinguer l'un de 1 autre. Ils grandissent, séparés; venus à l'âge d'homme, tous deux se mettent en route le même jour pour se retrouver. Après s'être longtemps cherchés, ils se rejoignent en effet, forment un pacte de compagnonnage et servent ensemble avec honneur le même roi ', jusqu'au jour où l'un d'eux, Amile, accusé d'avoir séduit la fille de ce roi, est tenu de s'en justifier par combat judiciaire : il ne saurait soutenir ce combat, car 1 accusation est vraie ; mais les deux compagnons tirent alors profit de leur merveilleuse ressemblance. Ils changent *de vêtements et se font passer l'un pour l'autre. Amile se retire dans le château d'Ami, et tous le prennent pour le vrai seigneur du lieu, même la femme de celui-ci, auprès de qui il couche, comme s'il était le mari, mais en mettant entre elle et lui une épée nue, symbole et gardienne de sa chasteté. Cependant Ami, se faisant passer pour Amile, a pu jurer sans mensonge qu'il n'avait pas séduit la princesse, a soutenu le combat judiciaire, tué l'accusateur, et, victorieux, a épousé, sous le nom de son compagnon, la fille du roi. Il la conduit à son vrai mari ; mais peu après. Dieu le frappe : il devient lépreux. Chassé par sa femme, il erre par les pays, pendant des années, réduit à mendier, tant qu'enfin

1. Gaïferus, chez Raoul le Tourtier, Charlemagne partout ailleurs.

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il parvient au château où son compagnon, ignorant ses malheurs, vivait en paix. Amile reconnaît le misérahle, le recueille, le soigne tendrement. Un jour, Dieu lui enseigne comment Ami pourra guérir : il faut (ju'Amile égorge ses deux enfants et qu'il frotte de leur sang les plaies du ladre. Il le fait et guérit Ami; un nouveau miracle ressuscite les enfants. Les deuxx compagnons meurent le même jour : par un miracle leurs tombes se réunissent.

11 n'entre pas dans mon dessein de rechercher où et quand cette légende s'est d'abord formée. Comme elle utilise quelques thèmes répandus dans le folk-lore de maints pays (l'épée gardienne de continence, — le sang innocent, qui seul peut guérir, etc.), de nombreux critiques y voient un très ancien conte populaire, d'origine orientale, naturellement.

Je m'en tiens à constater en fait que la légende d'Ami et d'Amile apparaît pour la première fois à la fin du xi*^ siècle, chez Raoul le Tourtier, puis au xii'' siècle, dans vme chanson de geste française et dans la Vita sancforurn Amici et Amelii ; que ce sont là les trois seules versions anciennes du conte ; qu'elles s'accordent à donner les traits rassemblés cidessus, et que, sous cette forme, l'histoire d'Ami et d'Amile est une légende à la fois féodale et chrétienne '.

Cette légende féodale et chrétienne, on peut concevoir abstraitement et par un jeu d'hypothèses, qu'elle ne fut coulée que sur le tard et par accident dans le moule des chansons de geste : il n'est pas nécessaire

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