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Ed. Rarrois, v. ")8i-7 et suivants

192 LES CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES d'iTALIE

11 lor escrie : « N'en irés en avant !

Por Kallemainne le roi faire dolant

Vos ocirrai a niespee trenchant. »

Quant il lenlendent, mult s'en vont esmaiant,

Car ils n'ont arme ne espee tranchant ;

Merci li crient, si vont les cols baissant.

Tant fu iriés Ogiers au cors vaillant

Por lor proieres ne volt faire niant :

Les ciefs en prist li dux déniai ntenant.

Quant ot ce fait, si s'en torna fuiant,

Puis regarda delés un desrubant,

Et vit venir Kallon, le roi poissant.

Charlemagne trouve les deux cadavres et les fait porter à Mortara.

Par le texte de la Vifa et par la Chevalerie 0(/ier, nous voilà ramenés vers cette expédition de Charlemagne en Lonibardie, que la Chronique de la NoA'alese narrait à sa façon. Les moines de la Novalese y avaient introduit la légende d' Adelchis ; les moines de Mortara y ont introduit Ami et Amile : qui donc y a introduit Ogier ?

L'histoii'e poétique d'Ogier tient presque tout entière dans le poème de treize mille vers en laisses assonancées, qui porte pour titre La Chevalerie Offier de Danemarchc ^ C'est l'histoire d'un rebelle, Ogier, qui, fuyant la colère de Charlemagne, a trouvé asile chez Désier, roi des Lombards. Charlemagne passe les

i. Ed. Barrois, 2 vol., 1842. Cf. entre plusieurs bons travaux, le livre de M. K. Voretzsch, Ueher die Sage von Ogier dein Danen und die Enlstehung der Chevalerie Ogier (Halle, 4891).

Alpes pour punir Désier d'avoir accueilli un tel hôte. Les Lombards marchent contre lui et lui livrent bataille. Vaincu, Désier s'enfuit vers Pavie et s'y enferme. Ogier, qui a tenu plus longtemps sur le champ de bataille, s'enfuit ailleurs en Lombardie et soutient la g-uerre de son côté. Quant aux motifs qui animent Charlemag-ne contre Ogier, ce sont des fictions romanesques dans le poème tel que nous lavons ; mais ce poème, si remanié soit-il (il n'est que du début du XIII*' siècle), garde des traces de la version primitive : le crime d'Ogier est de s'être fait le protecteur de deux orphelins, les fils de Carloman, frère de Charlemagne; il les a emmenés en Lombardie, auprès de Désier, pour lés opposer à Charles K

i . Dans le poème conservé, si la guerre de Lombardie éclate, c'est qu'un fils légendaire de Charlemagne, Chariot, a tué d'un coup d'échiquier un fils légendaire d'Ogier, Baudouinet. Pourtant, il reste dans ce poème, comme l'a remarqué le premier G. Paris [Ilistuire poétiqiiedeCharleinac/ne, p. 303), un reste fossile, un « témoin » de la version plus ancienne. C'est aux vers 4420 et suivants, lorsque Ogier dénombre ses griefs contre Charlemagne. Il lui reproche d'avoir laissé impuni le meurtre de son fils Baudouinet et ajoute :

« J'en afuï a cest roi Désier,

Passai Mongieu por ma vie alongier,

S'en amenai Loeys et Loiliier,

Ces deus enfants petits a alaitier,

Qu'il voloit faire ocire et detranchier.

A Penlecoste les ferons chevaliers ;

Encor voiront vostre roi guerroier. «

Ces enfants, dont il n'a pas été question jusque-là, dont il ne sera plus parlé, ne peuvent être que les deux fils de Car-

J. Bedieh. — Les légendes épiques, t. II. 13

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Or, toutes ces circonstances ' sont historiques. Comment l'auteur de la Chevalerie 0<jier et l'auteur de la Chevalerie Ogier primitive ont-ils pu les connaître, à trois ou quatre siècles de distance ?

On répond : par des « cantilènes », ou par des (( episclie Sagen », contemporaines, ou presque, des événements. Je crois qu'ils les ont connues par la Vita Hadriani, et je voudrais rendre cette opinion vraisemblable.

A cet elTet, je transcrirai ici, en la résumant, une page de la Vifa Hadriani, et je montrerai que cette page n'a cessé, du xi*^ au xiii^ siècle, d'être lue, méditée, plagiée, interpolée par les clercs et par les chroniqueurs d'Italie, par ceux-là même qui étaient intéressés à propager les légendes carolingiennes et les récits des chansons de geste.

loman (Louis et Lohier sont d'ailleurs des noms inventés et d'une invention facile), que l'Ogier historique avait en effet emmenés auprès de Désier. En outre, M. K. Voretszch a excellemment montré que les scènes où figure Chariot sont suspectes d'interpolation. J'admets donc, avec tous mes devanciers et sans qu'il soit utile de résumer leurs arguments, que la Chevalerie Ogier est le remaniement d'un poème où la guerre de Lombardie était motivée, conformément à l'histoire, par le fait qu'Ogier s'était fait le tuteur des fils de Carloman. 1. Sauf la bataille livrée par Désier à Charlemagne, qui est légendaire ; voyez Abel et Simson, Jahrbûcher des Frànkischen Beiches unter Karl dem Grnssen (1888), p. 143-9.

VlTA HaDRIANI ' .

Année 772. — Démêlés de Désier et du pape Hadrien. Dés ier .s'empare de territoires appartenant au pape. Goniunxitniandalumquod jam fatus Desidei'ius abslulissetcivilatem Faventiani et ducatum Ferrariae seuComiacclum de exarchato Ravennate, quae... Pipinus rex et ejus filii Carulus et Caruloniannus, excellenlissimi reges Francoruni et patricii Komaiinrum, beatroPetroconcedentes oireruerunl. Nec enim duo menses praelerierunt quod ipse sanctissimus virpontificalus culmen adeptus est, ita isdem atrocissimus Desidei'iiis easdeni abslulit civilates...

Mort de Carloman. Sa veuve et ses pis, emmenés par Ogier, se réfugient auprès de Désier. Ogier et Désier s'efforcent de contraindre le pape à couronner rois les fils de Carloman. \n ipsis vero diebus contigit uxorem et filios quondam Carulomanni régis Francoruni eundeni regem Longobardorum fugam arripuisse cum Autcario; et nitebatur ipse Desiderius atque inianter decertabat quatenus ipsi filii ejusdem Carulomanni regnuni Francoruni adsunipsissenl ; et ob hoc ipsuni sanctissinium praesuleni ad se properanduni seducere conabatur ut ipsos antel'ati quondam Carulomanni fdios reges ungueret, cupiens divisionem in regno Francoruni immittere ipsumque pontiliceni a caritate et dilectione excellentissimi Caruli, régis Francoruni et patricii Romanorum, separare ; sed, favente Deo, hoc nuUo modo poluit inipeti'are... Tune '^ pertinaci audacia egressus a suo palatio cum Adilgisi [variantes Adalgisi, Adelgiso) proprio filio et exercitu Longobardorum, deferens secum et uxorem ac fîlios saepe

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