‹ Les légendes épiquesChapitre 7 sur 163 · Girarf de Roussillon, p. lui · texte numérisé non relu

Girarf de Roussillon, p. lui

Bourguignon. Il composait assurément avant la fin du xi*^ siècle, puisque son oeuvre est antérieure à la Vie latine. De l'histoire du comte Girard, il ne savait rien, sinon le peu que lui en avait appris la tradition monastique. Et ce peu se réduisait à trois faits : que Girard était le contemporain et le vassal d'un roi appelé Charles; que sa femme s'appelait Berthe; que, d'accord avec celle-ci, il avait fondé divers monastères. Le reste, c'est-à-dire l'ensemble des récits dont il a composé son poème, il l'a trouvé, selon l'expression du moyen âge, ou, comme nous dirions, inventé. Par là, je n'entends pas dire que tout, dans ses récits, soit imaginaire. Il y a dans le poème renouvelé beaucoup de noms de lieux qui peuvent être identifiés, beaucoup de noms de personnes qui se retrouvent dans l'histoire du ix*^ au xi^ siècle, et il y en avait probablement plus encore dans le poème primitif. Tel ou tel récit de bataille a pu être emprunté à une tradition locale. Il y a toujours dans une œuvre d'imagination des éléments tirés de la réalité. Mais je veux dire que les éléments variés qu'a pu recueillir l'auteur n'avaient, selon toute vraisemblance, aucun lien avec l'histoire du comte Girard. On ne gagnerait rien à supposer que le poète aurait mis en œuvre une tradition déjà formée où se seraient trouvés réunis les principaux traits de la légende... Ces traits, en effet, par exemple le long exil de Girard, suivi de sa réapparition à la cour du roi, ne peuvent en aucune façon être rattachés à l'histoire. Il faut de toute nécessité qu'ils aient été inventés par quelqu'un. Et pourquoi ce quelqu'un ne serait-il pas l'auteur de l'ancienne chanson ? »

Si l'on interprète ces lignes à la lumière des pages qui les précèdent et dont elles sont la conclusion dernière, voici ce qu'on trouve. M. P. Meyer soutient, comme j'ai fait jusqu'ici, — ou plutôt je n'ai g^uère fait jusqu'ici que suivre sa démonstration, — qu'il n'est pas besoin, pour expliquer la formation de notre légende, de recourir à l'hypothèse de chants épiques fort anciens ; qu'il suffît, pour rendre compte des rares traits historiques qvii s'}^ trouvent, de supposer qu'un poète, vers la fin du xi*^ siècle, a passé par l'abbaye de Pothières ou par celle de Vézelay et y a recueilli quelques renseignements. Seulement, préoccupé peut-être d'une intention polémique, qui est de remontrer à M. A. Longnon combien l'hypothèse des cantilènes carolingiennes est inutile et invraisemblable, M. P. Meyer, après cette démonstration purement négative, s'arrête, satisfait une fois qu'il a substitué à cette hypothèse l'opinion, seule juste en effet, que la légende de Girard de Roussillon procède d'une tradition monastique.

Mais qu'entend-il par ces mots, (i tradition monastique » ? Rien que de très pauvre. Les moines conservaient les noms de Girard et de Berthe, et le sovivenir de leurs fondations pieuses ; un poète qui passait recueillit ces deux noms et inventa à leur propos une belle histoire. Mais pourquoi ce poète a-t-il passé par là ? Par quelle singularité ces deux noms qu'il entend lui inspirent-ils une belle histoire ? Pourquoi l'histoire qu'il nous raconte plutôt qu'une autre? Ces questions, M. P. Meyer ne les pose point. Qui était ce poète ? Un Bourguignon « probablement», répond-il, mais

ce n'est pas nécessaire. C'était un touriste quelconque, Hourg-uig-non, si l'on veut, qui, heureux de tenir ces deux noms, mit un roman autour. Il le tira de son imagination, sauf quelques éléments, tels noms de personnages qu'il a pu trouver dans sa mémoire, tels récits de batailles qu'il peut avoir pris, en diverses rég'ions, à des traditions locales. Ce roman était à l'origine tout héroïque; plus tard, dit M. P. Meyer, « un moine de Pothières eut l'idée de transformer en un saint ce héros épique, plein de belles qualités assurément, mais ayant aussi, même au point de vue indulgent du moyen âge, d'assez graves défauts... ; le pieux hagiographe ne se sera pas fait faute de supprimer tout ce qui, dans la vieille chanson de geste, s'éloignait trop de son idéal K » Et c'est ainsi que « Girard de Roussillon nous fournit un curieux exemple de l'influence de la littérature vulgaire sur la composition des Vies de saints "- ».

Faut-il de toute nécessité s'en tenir à cette théorie de l'accident ? C'est ce que je rechercherai maintenant.

GiBARD DE Roussillon et les abbayes de Pothières ET de Vézelay.

Les deux seuls textes anciens dont nous disposions, la chanson de Girard de Bousslllon^ qui est un

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