Fôrster, p. 10, n. Z
224 LES CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES d' ITALIE
i^leur, quêtant auprès de son public forain, lui adresse ce boniment fier ;
Bien vos puis dire et por voir afermer
Prodom ne doit jougleor escouter,
S'il ne li veut por Dieu del sien douner,
Car il ne sait autrement laborer.
De son service ne se peut il clamer ;
S'on ne li donc, atant le laisse ester.
Au ^'out de Luques le poés esprover,
Ki li jeta el mostier son soler ;
Puis le covint cierement racaler,
Que il pesoit. II. G. mars d'argent cler.
Les jougleors devroit on molt amer :
Joie désirent et aiment le chanter^.
C'est là, avec le Tomheor Nostre Dame ou Thisloire de la sainte Chandelle d'Arras, un des joyaux de ce petit cycle de légendes que les jongleurs aimaient à raconter pour relever leur métier du décri ; de même, disaient-ils, un jour que Pierre de Siglar, agenouillé devant Notre Dame de Rocamadour, lui offrait une de ses plus belles mélodies, la Vierge avait voulu qu'un cierge de son autel vînt se poser tout allumé sur la vielle du ménestrel.
Ces légendes, qui toutes sont françaises, semblent toutes dérivées de la légende du Jongleur de Lucques ; et celle-ci à son tour, comme M. W. Fôrster l'a très bien montré, est française : elle est française parce que les textes les plus anciens qui la conservent sont pro-