SUTRI
posent de la même façon le théâtre de l'action : Charlemag-ne étant à Sutri, les Sarrasins étant à Rome, les péripéties du roman se déroulent toutes sur le tronçon de route, long- de 45 kilomètres, qui va de Sutri à Rome. Enfin, Charlemagne, ayant reconquis la ville de l'apôtre et fait ses dévotions à Saint-Pierre, va s'héberger, selon les Enfances Ofjicr, au « Capitoire^ », tandis que les Sarrasins, dont le chef, Garaheu, a promis de ne jamais plus porter les armes contre l'empereur, s'embarquent sur le Tibre et le descendent pour reprendre la mer à Corneto'.
Charlemagne, après avoir délivré Rome, se remet en route vers la France. Le manuscrit de Venise qui contient la version en français italianisé des Enfances Oyier et d'Orlandino, décrit ainsi ce retour :
Et limperer civaça ardieman.
Al Bachanel pa.ssent, qu'à H camin sovran.
Trosqu'a Sotrio non fe arestamen .
C est le « chemin souverain », en elfet, car il faut reconnaître en Bachanel le Bacane de V Itinéraire de Sig'eric de Cantorbéry. Les premières stations mar-
7530 En tel manière fu leur chose esploitie Que au tierz jor arriva lor navie Droit a Cornet, une vile proisie :
Ce est un porz de grant ancesserie.
A vino[ kilomètres au nord de Civitavecchia, à cinq kilomètres de la mer.
232 LKS CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES d'iTALIE
quées sur cet Itinéraire sont : 1 Urhs Honia, — 2 Johanis VIII, — 3 Bacane, — 4 Suteria.
« liacane se trouve sur la table de Peutinger, dans ritinéraire Antonin et chez le Géog-raphe de Ravenne sous les formes Wicanae, Baccanas, Bacanis, etc. ' y>. C'est, à 2t milles de Rome, le bourg de Baccano. Au moyen âge, la route longeait le lac, aujourd'hui desséche, de Baccanae- >).
Revenu à Sutri, Charlemagne convoque à sa cour bourgeois et châtelains. Alors se passe la belle aventure que racontent la chanson de geste d'Orlaiidino (xiii'' siècle), la Historia del nascimento d'Orlando (commencement du xin® siècle), les Reali di Francia'^ (commencement du xv*"). M. Pio Rajna a excellemment étudié cette légende ; qu'il sutïise d'en rappeler ici les traits essentiels.
Elle fait suite à l'histoire, qu'on a lue plus haut^, des amours de Berthe, lîUe de Charlemagne, et de Mil on.
C'est dans un bois voisin de Sutri que nous avons laissé Berthe et Milon, et Roland, leur petit enfant. Milon vit du métier de bûcheron, et les fugitifs, peu à peu enhardis, se sont ris([ués à envoyer Roland aux écoles de la ville : il revient le soir à la caverne où vivent, inconnus, son père et sa mère. Les enfants de Sutri, avec lesquels il joue par les rues, le tiennent pour leur « capitaine ». Aussi, au jour où Charlemagne