‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 101 sur 161 · I. Brindisi · texte numérisé non relu

I. Brindisi

Un tremblement de terre a achevé de détruire en 1858 les restes d'un vaste pavement en mosaïque qui se trouvait dans la nef de la cathédrale de Brindisi. Mais nous connaissons cet ouvrage par des descriptions et par des dessins * . ' #

L'un de ses sujets représentait des scènes de la Chanson de Roland : « Derrière un guerrier à pied,

en Istrie) qui est a cent .M. oultre Venise, le mardi ensuivant, darrien jour d'aoust. . . Et dehors la cité, devers la terre, a une ' très belle fonteine d'eaue doulce devant laquelle a un tournoyement, par lequel appert bien qu'il fut jadis moult bel et fait de grant et seignorie. Et le fist faire Rolant, si corn l'en dit, et encore Tapelleut aujourd'hui le palaix Rolant. Et dehors ledit palaix, vers la marine, a moult grant quantité de monumens de pierre entailliee couvers, et sont sur terre ; et y peut bien avoir environ IIII c; et dedens les aucuns voit l'en les os des chrestiens qui illec furent mis après une grande desconfiture que mescreans y firent. Plusieurs y a desdits monumens que l'en ne peut veoir dedens. car ilz sont trop couvers. La cité de Paula est soubz la seignorie de Venise. » — « Ce tournoyement, écrit M. A. Longnon {Index au mot Pola), n'est autre chose qu'un amphithéâtre romain que Spon visita en 1675. Le savant antiquaire rapporte qu'on l'appelait YOrlandine ou Maison Roland et en donne la description suivante : « Il est à peu près de la grandeur de celui de Rome et tout bâti de belles pierres d'Istrie, à trois rangs de fenêtres Tune sur l'autre, et il y en a soixante et douze de chaque rang. L'enceinte en est fort entière ; mais il n'y paraît aucuns degrés et Ton prétend qu'ils étaient de bois », etc. — Cf. un témoignage du xv e siècle, rapporté par M. A. d'Ancona (Tradizioni carolingie in J ta lia, p. 422) sur une « colonne de Roland »aux abords de Pola : « Quae quidem columna Charrus et Orlandus dicitur, quoniam in illa est Orlandi forma sculpta ensem manu tenentis in signum justitiae quae ibi exercetur. Nam ad illam ligantur et fustigantur aliquando scelestihomines. »

1. On peut voir au Cabinet des estampes (Gb 63) le dessin qu'en

254 LES CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES d' ITALIE

voici venir larcevesqce torpin, la mitre à deux cornes sur la tête, la crosse dessinée sur son écu et sur la housse de sa monture, Tépée au flanc. L archevêque se retourne vers Roland, qui, à cheval derrière lui, sonne son olifant... Derrière, des cadavres gisent côte à côte; un ange vole au-dessus d'eux, rollant apporte sur ses épaules le corps de son ami, plus loin alvier est étendu sur le sol et Rollant se penche vers lui, appuyé sur son épée, avec son olifant pendu derrière le dos. Plus loin encore, une scène qui devait prendre place avant les précédentes : Rollant à cheval conduisant par la bride le cheval d'Olivier (lvir) blessé. Enfin, la mêlée des chrétiens et des infidèles. Les paladins ont 1 écu triangulaire; les Sarrasins la targe ronde *. »

On lisait sur ce pavement la date 1178 et le nom de Guillaume, l'archevêque qui commanda le travail. Guillaume était un Français. Cette circonstance et le fait qu'une dynastie normande dominait alors dans la région ne suffisent peut-être pas à expliquer le choix d'un tel sujet et l'idée qu'a eue le mosaïste apulien d'écrire les noms héroïques en langue d'oïl.

« Il faut se rappeler, écrit H. W. Schultz, que c'est à Brindisi que venaient continuellement prendre la mer ceux qui allaient en Palestine combattre les mêmes ennemis que Roland et Olivier avaient combattus 2 . »

fit relever Millin en 1812. Cf. IL W. Schultz, Denkmâler der Kunsl des Millelalfers, Dresde, 1860, p. 305, Emile Berteaux, L'Art dans le midi de ritalie y 1903, p. 492-3, fig. 216, et P. Rajna, dans la Bomania, t. XXVI (1897), p. 56-61.

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