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Peut-être seulement dans l'usage des savants du crû

4. Dans une lettre, datée de 1 i-88, que M. Gabotto a publiée, art. cité, p. 251.

264 LES CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES D'iTALlE

D'autres humanistes de la Kenaissanee appellent couramment cette même ville romaine voisine de Serravalle oppidum Antilia seu potius Attilia { .

5° Atilie = Tortone. D'autre part, divers antiquaires qui ont écrit sur Tortone répètent, se copiant les uns sur les autres, que le nom primitif de cette ville était Antilia ; puis, elle avait reçu trois dons (un rocher qui répandait de l'huile, une fontaine miraculeuse, et le privilège accordé à certains nobles "de la région d'être avertis de l'approche de K»ur mort par un signe merveilleux : quand ils rompaient leur pain, il en coulait du sang) ; à cause de ces trois dons, Antilia avait pris le nom de Terdona. Cette légende, je ne la trouve racontée que depuis le xvi e siècle 2 : elle peut être beaucoup plus ancienne (remarquer la forme Terdona dans le texte ci-dessus rapporté du Manipulus Florum).

Il est difficile de se débrouiller parmi ces témoignages : les érudits locaux y réussiront peut-être un jour. On peut du moins proposer, à titre de conjectures, ces remarques.

Il faut partir du fait que Tortone s'est appelée Derthona dès la plus haute antiquité. Le nom A' Atilie est donc légendaire. Pourtant, il a été appliqué à Tortone (on l'a vu par le témoignage de Sicard) au moins dès le début du xui e siècle.

t. Ainsi qu'on peut voir dans le Corpus inscription, latin., t. V-, p. 838.

2. Voy. Leandro Alberti, Descrittione di lutta lia lia, Venise, 1551, p. 307 ; Ughelli, Italia Sacra, Venise, 1717, t. IV, p. 633 ; Giuseppe Antonio Bottazzi, l.e Antichita di Tortona e suo àgro, Alexandrie, 1808, p. 5; Guiseppe Cappelletti, Le chiese d Italia y t. XIII, 1857, p. 665, etc.

Nous avons affaire, semble-t-il, à une légende étymologique. Ainsi, selon d'autres joca monachorum,

Pu 1er a Silvula avait un jour pris le nom de Mortaria (M or tara),

Macra celui de Crassa (La Grasse),

Abladane celui de Somme Noble (Amiens),

Arsen celui de Core (la Cure, rivière), etc..

Dans cette géographie en partie double le premier terme est à l'ordinaire fictif et n'existe qu'en fonction du second. Il est donc inutile de chercher de quels éléments s'est composé le nom d'Atilie dans la fantaisie du clerc qui Ta forgé ! . S'il voulait raconter comment sa ville, à cause de trois dons merveilleux, avait un jour pris le nom de Terdona, force lui était de dire en même temps, puisqu'il était si bien renseigné, quel nom elle avait porté jusque-là : il Ta donc baptisée, à tout hasard, ou pour des raisons qui n'importent guère, Atilie.

Ce nom, ainsi créé, se lia à des récits légendaires relatifs à Charlemagne et à Otinel, dans une chronique locale, analogue au Pseudo- Philo mena ou à la Chronique de Waulsort ; cette chronique transfère le nom d'Atilie (par contre-sens ou par quelque autre motif) à des ruines romuines situées à 24 kilomètres plus loin, à Serravalle ; c'est là que Jacques d' Acqui aura pris, en même temps qu 'Atilie, la fabuleuse histoire de son Ottonellus, ami de Roland et mari de Belissent 2 .

1. Peut-être l'a-t-il tiré du gentilice romain Atilius, Atilia, si répandu, et qui se lit par exemple sur des inscriptions romaines découvertes à Tortone et à Serra valle (Corpus insc. /a/., t. V a ? n°* 7427, 7428). Mais on peut imaginer à volonté bien d'autres conjectures ; par exemple, comme M. Rajna, rapprocher Atilie de YHaltoïe de la Chanson de Boland.

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