OGIER ET LE MOINE DE SAINT-GALL
Otkerus. Il mêle à ces données trop de bévues historiques pour qu'on puisse supposer qu'il ait exploité des sources écrites *. Dès lors, quelle était la nature des sources orales dont il a disposé ?
Je n'en sais rien. Personne n'en sait rien. On ne peut concevoir, je crois, que les cinq hypothèses que voici :
1° Ou bien le nom d'Otkerus et les quelques souvenirs historiques qui l'accompagnent, le Moine de Saint-Gall les avait reçus du « vieux grognard » Adalbertus, ou de quelque contemporain d'Adalbert : ainsi, de nos jours, au fond de nos campagnes, quelque paysan illettré peut connaître vaguement le passage de la Bérésina et le nom du Maréchal Ney pour en avoir entendu parler, dans son enfance, par son aïeul ou son bisaïeul, soldat de la grande armée.
2° Ou bien le Moine de Saint-Gall avait retenu quelque chose des récits d'un clerc quelconque, lequel avait lu, dans le Liber pontificalis ou ailleurs, l'histoire de la guerre de Lombardie.
3° Ou bien le Moine de Saint-Gall « connaissait sur Otkerus quelques chansons en langue tudesque » (ce moine était Allemand et parlait thiois) 2 .
4° Ou bien il connaissait sur Otkerus quelques chansons (ou quelques légendes) en langue romane, et ces chansons ou légendes, tudesques ou romanes, auront péri
1 . L'expédition par lui racontée où Charlemagne aurait soumis les Lombards sans livrer bataille (incruento bello) est imaginaire ; ce n'est pas à Pavie que Desiderius attendit après son passage des Alpes l'armée de Charlemagne, etc.