‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 139 sur 161 · Ouvr. cité, t. II, p · texte numérisé non relu

Ouvr. cité, t. II, p

pu fonder un poème sur cette donnée fallacieuse que le comte dominant de son temps en Vermandois n'avait d'autre héritier présomptif qu'un bâtard, né de ses amours avec l'abbesse d'Origny? Cette histoire, absurde en 943, aurait frappé par son absurdité tous ses auditeurs, sujets comme lui du comte Albert, jusqu'à la mort de celui-ci en 988, — bien mieux, jusqu'à la mort de son fils Herbert, c'est-à-dire jusqu'à Tan mil ou environ 1 . En sorte que, de toutes façons, l'histoire de Bernier, de Marsent, de l'incendie d'Origny, etc., n'a pu entrer dans le poème avant le xi e siècle.

En résumé, s'il est fort difficile de se représenter ce que pouvait être le « poème primitif », il est facile de se représenter ce qu'il ne pouvait pas être et de constater que le poème actuel est précisément tout ce que le poème primitif ne pouvait pas être. Les « remanieurs » ont transformé les personnages jeunes en vieillards 2 ; ils en ont débaptisé plusieurs pour les affubler de noms imaginaires 3 ; ils ont distribué arbitrairement les pays entre leurs héros 4 ; ils ont tué quelques personnages auxquels le poète primitif laissait la vie 5 ; ils ont établi entre certains des principaux acteurs des liens de parenté imaginaires 6 et par là troublé le système primitif de leurs rela-

1. Voy. Emm. Lemaire, Histoire de là ville de Saint-Quentin (Mémoires de la Société académique de Saint-Quentin, 1886-7), p. 305.

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