‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 146 sur 161 · Voy. ci-dessus la note · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus la note

est son vassal (/ide/w) 1 , et tous les actes marquent ce rapport.

La Chronique de Waulsort attribue la fondation de l'abbaye de Saint-Michel-en-Thiérache au comte Ybert, et il est sous-entendu qu'il est, ici comme en ses autres œuvres de piété, assisté par sa femme Hersent. La Vie de saint Cadroe 2 , composée vers Tan mil 3 , donnait déjà la même version, bien qu'elle ne nomme que la seule Hersent 4 . Or, cette tradition, si ancienne qu'elle

1. Voy. Longnon, p. xxvi, a. 1, et, entre autres documents, cette charte de 968 (ms. 139H, fol. 12; cf. Longnon, p. xxvi, n. 3) : « Hilbertus pro remedio animae meae, praesente Adalberto comité et filio ejus Heriberto coram altari s. Mariae in monasterio Humoliarensi, multis adstantibus, legaliter tradidi... S. Heilberti, qui ha ne char ta m fleri jussit et manu propria firmavit. S. Lantberti, filii sui (sur ce Gis d'Ybert, voy. Longnon, p. xxvi, n. 3, et E. Lemaire, Histoire de Saint-Quentin, p. 303). S. Adalberti comitis. S. Heriberti, filii ejus, etc. » — D'après une charte publiée par Colliette (t. I, p. 165) et citée par M. A. Longnon (p. xxvii, n. 1), Ybert aurait encore été vivant en 988; mais, si l'on se reporte au manuscrit (13911, fol. 17), on voit que la date de cette charte est incertaine : il y a 986 à la marge et 908 dans le texte.

2. Cette vie a été publiée dans les AA. SS. Bolland., t. I de mars, p. 469-480 ; puis (éd. partielle) par L. de Heinemann, dans les Mon. Germ. hist., SS., t. XV, 2 e partie, p. 689-692.

3. Elle est l'œuvre d'un abbé Immon, qui est soit Immon de Gorze (f 1006;, soit plutôt Immon de Waulsort (991-995).

4. Elle raconte que Cadroe, issu d'une illustre famille d'Ecosse, était parti d'Irlande, averti par une vision, sur une barque que la tempête jeta près de Boulogne. De là, il chemina avec treize compagnons jusqu'au monastère de Saint-Fursi à Péronne. Non loin de là « erat matrona Hersendis nomine, nobilitate et opibus inclyta, sanctae devotionis ardore plena ; et, quia erat sterilis, si quos inveniret sanctae peregrinationis viros, suscipere cogita bat eisque satisfacere ». Ayant appris l'arrivée de Cadroe et de ses

J. Bâdibr. — Les légendes épiques, t. II. 26

soit, semble erronée; elle est contredite par un document authentique, d'où il résulte que Saint-Michel-en- Thiérache ne fut pas fondé par Hersent et par Ybert, son mari, mais bien par Albert I er , comte de Vermandois 1 .

compagnons, elle va à leur rencontre et leur offre une église de Saint-Michel, qui se trouvait dans la forêt de Thiérache. Ils s'y établissent et choisissent l'un d'eux, Maccalan, pour les diriger. « Puis, le vœu d'embrasser une règle constante persévérant en eux, Hersent, à leur demande, envoya Maccalan au monastère de Gorze, près de Metz, et Cadroe à celui de Saint-Benoît-sur- Loire pour s'y former dans la pratique dés constitutions monacales. Après leur engagement, cette dame, leur bienfaitrice, les plaça dans l'abbaye de Waulsort, dont Cadroe devint abbé ; Maccalan gouverna Saint-Michel. » (J'ai emprunté ces quelques lignes de résumé à Colliette, t. I, p. 480 ; cf. dom Lelong, Histoire du diocèse de Laon, p. 155 et p. 598 ; Malleville, Dictionnaire historique de VAisne> au mot Saint-Michel, etc.).

1. En effet, si l'on se reporte au Cartulaire de V abbaye de Saint-Michel-en-Thiérache, publ. par Amédée Piette. Vervins, 1883, p. 22, on y lit un acte, daté de 1153, où Gautier, évêque de Laon, certifie qu'il a vu un privilège accordé par le comte Eilbertus, fondateur de la ville et de l'église de Saint-Michel ; de plus, on y trouve, à la p. 20, un acte daté de 958, où Weltrude, femme du comte Eilbertus, donne des biens à l'abbaye pour son salut et pour le salut de son mari et de ses enfants. Ce comte Eilbertus ne peut être autre que le comte Albert de Vermandois. — Ces données certaines sont, à vrai dire, contredites par une charte (la première du cartulaire), datée de 945, et attribuée à l'évêque de Laon, Raoul, où l'on voit un certain Herbert, archidiacre de Laon, céder la chapelle de Saint-Michel, pour qu'un monastère y soit établi, à une dame nommée Hersent :«...Notum fîerivolumus qualiter oratorium in saltu qui dicitur Te ra scia in honore beati Michaelis archangeli ex antiquo fuerat vili scemate constructum, sed postea prope fundotenus destructum. Processu deinde temporis, quedatn matrona nomine Hersendis per assensum Herberti, nostre ecclesiae archidiaconi, cui idem erat oratorium jure beneficiaro collatum,... prout meliuspotuit restaurare libenter studuit.

De même, la Chronique de Waulsort attribue à son comte Ybert, mari <T Hersent, la fondation du monastère de femmes de Bucilly K Déjà la Vie de saint Cadroe l'attribuait à dame Hersent 2 . Mais il résulte d'un acte authentique que le véritable fondateur, ici encore, est Albert, comte de Vermandois 3 .

Ubi, causa orationisad eumdem oratorium contluentibus... populis, laus et honor Dei omnipotentis et venerabilis memoria b. Michaelis archangeli adeo crevit ut etiam quidam homines Hibernicae regionis mare transnavigantes ad nos causa peregrinationis loca qui bus commorari deberent uspiare precurrentes ad predictam matronam angelico ductu, ut credimus, pcrvenerunt. Sicqueaudita fama ejusdem oratorii libenti animo illuc pergere dispositum fuit. » Etc. — Mais cet acte est très probablement un faux. Giry donne de nombreuses raisons de le croire. Sans rapporter ses arguments d'ordre diplomatique, je transcris celui-ci, qui est une remarque de bon sens: « Le préambule, au lieu d'être comme de coutume le développement d'une idée générale, est le récit de la fondation du monastère, et, sauf quelques traits qui y ont été ajoutés, il ressemble étonnamment au récit de la Vie de saint Cadroe. La fondatrice en particulier y est appelée, comme dans le récit de l'hagiographe, quedam matrona nomine Hersendis, ce qui est étrange mis dans la boucbe de l'évêque pour désigner la personne à la prière de laquelle il donne le privilège. »

Page 1