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2. Il résulte de tout ce que disent Colliette (Mémoires pour servir à Vhistoire du Vermandois, t. I, p. 295) et Ch. Gomart (Essai historique sur la ville de Ribemont, 1869, p. 31 et suiv.) qu'on ne sait s'il a existé au x e siècle des seigneurs de Ribemont.
3. On n'a malheureusement aucune mention du château d'Hirson (Iricio) plus ancienne que 1136 (voy. dom Lelong, Histoire du diocèse de Laon, p. 516, et Matton, Dictionnaire topographique de V Aisne, p. 141).
supposent nécessairement que la légende des jongleurs procède de la légende des moines.
Elles peuvent être fortuites? Soit. Je les néglige donc et je les rejette pour retenir entre Tune et l'autre légende les seuls rapports qui sont certains.
Ybert, contrairement à ce qu'il fut dans la vie réelle, est, selon la chanson de geste, un comte :
1825 Li quens Yberz o le coraige fier ;
il n'était dans la vie réelle qu'un vassal du comte Herbert de Vermandois ; il devient dans la chanson de geste son fils :
1964 J'ai non Yberz, fi us sui Herbert feu ;
il y devient en outre, après la mort de Raoul, comte de Vermandois et promet à son fils de lui laisser un jour ce comté. Il a donc usurpé dans le poème les titres et qualités d'Albert, à qui le Vermandois échut lorsque les cinq fils d'Herbert se partagèrent l'héritage paternel.
Dans la Chronique de Waulsort, la combinaison légendaire est, comme on a vu, à peu près identique : Ybert devient comte, devient un frère d'Herbert de Vermandois, et il domine dans le Vermandois.
Dira-t-on que le chroniqueur de Waulsort n'a fait qu'enregistrer ce qu'il lisait dans Raoul de Cambrait En cette hypothèse, un poète ayant, par une mésaventure sans cause profonde, par un accident purement littéraire, débaptisé le père de Bernier pour lui donner le nom d'un sien vassal, le chroniqueur de Waulsort aura répété son dire. Cette explication pourrait être proposée si le moine de Waulsort n'avait attribué à son héros
que ses fondations réelles de monastères. Mais non ; il lui en attribue d'autres encore, à faux ; et qui fut le vrai créateur de ces autres maisons? Toujours, comme on Ta vu, le comte Albert de Vermandois. Le chroniqueur ne prête pas à son fabuleux « comte Ybert » la création ou la réforme d'abbayes prises au hasard, mais seulement d'abbayes fondées ou réformées soit par le noble homme Ybert (Waulsort, Florennes), soit par son suzerain Albert (Bucilly, Saint-Michel-en-Thiérache), soit par le noble homme Ybert, assisté de son suzerain Albert (Homblières). Où, comment, à quelles fins se sont formées ces combinaisons? Je serais malhabile à le rechercher, et ce n'est pas mon objet. Mais, s'il est difficile de suivre cette légende monastique dans le détail de ses modes et de ses accidents, du moins le point de départ en est visible : ce sont des opérations de moines qui lisent dans les plus anciennes chartes de leurs couvents ici le nom d'Ybert, là le nom d'Albert, là les noms réunis d'Albert et d'Ybert, qui se communiquent d'une maison à l'autre les noms de leurs fondateurs, et qui, trompés par la ressemblance des deux noms ou l'exploitant, trompés aussi par la similitude des dates, brouillant toutes ces données et les simplifiant, en sont venus à vénérer tous un même fondateur, saint Ybert, comte de Vermandois. Supposer que le chroniqueur de Waulsort aurait pris l'idée de cette combinaison dans une chanson de geste, c'est une hypothèse que nul n'a formée ni ne voudrait former, je crois. Si je l'ai considérée ici, ce n'est que pour la symétrie et pour épuiser la série des possibilités logiques, qui désormais se réduisent à deux. Ou bien la légende monastique et la légende des jon-
gleurs furent d'abord indépendantes Tune de l'autre ; ou bien les jongleurs n'ont fait que répéter la légende des moines.
C'est à la première de ces deux hypothèses que s'est arrrêté, semble-t-il, M. A. Longnon : « A côté de la tradition épique qui faisait jouer à Ybert un rôle dans le Raoul, il se forma sur son compte une véritable légende que nous appellerions volontiers monastique et qui le présente à la postérité comme un grand bâtisseur d'églises 1 . »
Si l'on analyse cette opinion, voici ce qu'elle implique :
1° D'une part, des moines exaltent le vassal Ybert en additionnant ses fondations pieuses et celles de son suzerain Albert deVermandois.
2° D'autre part, à côté d'eux et indépendamment d'eux, par un accident analogue et de sens inverse, des jongleurs humilient le comte Albert de Vermandois en lui imposant le nom de son vassal Ybert, parce qu'ils ont été trompés, eux aussi, par leur homonymie à peu près complète.
Mais, si ressemblants que soient ces noms, ils ne peuvent se substituer l'un à l'autre (qu'on me pardonne d'exprimer cette vérité trop vraie) que dans l'esprit d'hommes qui les connaissent l'un et l'autre. Comment pouvaient-ils entrer en conflit dans la légende de Raoul de Cambrai, où il n'y a place que pour l'un des deux personnages ? Le poème primitif, celui de Bertolai (si Ton veut), donnait nécessairement Albert : l'adversaire de Raoul n'y pouvait être que l'un des fils d'Herbert de