Dans ses Extraits de la Chanson de Roland, note
Quant Deus eslist nonante et nuef reiames.
Tôt le meillor torna en dolce France.
Li mieldre reis ot a nom Charlemagne ;
Cil aleva vo le n tiers dolce France;
Deus ne fîst terre qui envers lui n'apende;
Il i apent Bavière et Alemaigne,
Et Normendie, et Anjou, et Bretaigne,
Et Lombard ie, et Navare, et Toscane
Le poète, on le voit, ne dit même pas que l'empereur Charles ait conquis la Bretagne : il dit seulement que, par la grâce de Dieu, la Bretagne relève de Charles.
Quant aux passages allégués du Roland et du Pseudo- Turpin 1 , ce sont deux énumérations abondantes et oratoires des terres où Charlemagne est censé avoir guerroyé. Roland, par exemple, passe en revue les pays conquis à l'aide de Durandal :
2322 Jo lu in cunquis et Anjou et Bretaigne, Si luin cunquis e Peitou e le Maine, Si luin cunquis Normendie la franche, Si luin cunquis Provence ed Equitaigne, E Lumbardie e très tu te Romaigne, Poille e Calabre e la terre d'Espaigne ; Jo luin cunquis e Baiviere e Behaigne E Onguerie e trestute Polaigne, Constentinoble, etc., etc
Est-on obligé de se représenter autant d'épopées
1. Voici le passage en question du Pseudo-Turpin (éd. Castets, p. 2) : « Karolus. . . multis laboribus per multa clymata orbis di versa régna, Angliam scilicet, Galliam, Theutonicam, Baioariam, Lotharingiam, Burgundiam, Ytaliam, £rila/miam,ceterasque regiones innumerasque urbes a mari usque ad mare . . . invincibili brachio potentiae suae acquisivit. . »