Art. cité, p
3. Je ne reproduis qu'en note cette opinion de L. Gautier, parce qu'aucun des critiques plus récents ne l'a reprise à son compte : «L'affabulation du roman d'Aiquin dérive vaguement de ce grand souvenir : les victoires de Charlemagne sur les Normands. » Charlemagne en effet eut affaire aux Normands, mais du côté de la Frise, — assez loin d'Aleth.
l'élément historique 107
« Norois » et son « empereur des Sarrasins » Aiquin « de Nort païs 1 ». Il est visible en même temps qu'il ne se fait pas une représentation claire de ces âges reculés, puisque, contre ces « Norois », il fait combattre, parmi les troupes de Charlemagne, des « Normands » :
1637 Adonc i fièrent Angevin et Norment Et Loherenc, Baivier et Allement...
Le souvenir du passage des Normands, maintes ruines pouvaient le conserver au xn e siècle, maintes histoires de translations de reliques le conservaient certainement. Le poète a donc introduit dans son roman et exploité une notion banale autour de lui et très généralement répandue ; est-ce à dire qu'il ait connu en outre sur les invasions normandes d'anciens récits, riches d'historicité, un plus ancien poème qu'il aurait « refondu »? Oui, si les autres rapprochements proposés, qui sont plus précis, subsistent, et, par exemple, si Aiquin est véritablement Incon, si Ysoré est véritablement Wicohen.
Or, rien n'est moins vraisemble que l'identification d' Aiquin avec Incon, d' Ysoré avec Wicohen. « Bartsch a remarqué, il y a longtemps, écrit G. Paris, que le nom d' Aiquin répond non pas à Hakon, ni. à Incon, mais au nom germanique Acwin ou Agiwin. » Aiquin peut d'ailleurs être un nom de fantaisie, et pourquoi veut-on qu'il désigne un personnage réel plutôt que ces autres noms fantaisistes du poème, Avisart, Acrochart ou Aliafin ? D'autres chansons de geste introduisent des seigneurs sarrasins ou des « Saisnes », nommés celui-ci Aiquin de