V. 239, 429, 485, 531, etc
l'Estrée, cet autre Aiquin de Pierre Bise, ou encore un Aiquin de Portugal 1 : ont-ils, eux aussi, le Normand Incon comme prototype historique? L'un des Sarrasins du roman d'Aliscans (y. 43, 127, etc.) s'appelle Aiquin : Fauteur de notre roman a plagié, comme nous savons, le roman d'Aliscans : il lui a pris des scènes, des vers, des expressions : ne peut-il lui avoir pris aussi ce nom de Sarrasin?
Quant à l'archevêque de Dol, Ysoré, il serait « plus ou moins transformé, mais très reconnaissable, le Wicohen de nos chroniques ». Où sont donc ces chroniques? Tout ce qu'on peut savoir de ce Wicohen, qui s'enfuit de Dol à l'approche des Normands vers 965, se se lit dans la Gallia christiana, t. XIV, col. 1044*. Nous ne savons guère de lui que son nom et l'époque où il vécut. Le poète d" Aiquin ne sait ni son nom (puisque son archevêque s'appelle Ysoré), ni l'époque où il vécut (puisque son archevêque est un contemporain de Charlemagne). Comment une comparaison nous serait-elle possible ? et comment peut-on déclarer « très reconnaissable » le portrait d'un inconnu ?
Notre roman, nous dit-on encore, garde le souvenir des expéditions entreprises contre les Bretons par Charlemagne, ou plutôt par ses lieutenants, car Charlemagne n'a jamais mis les pieds en Bretagne. Par malheur ses lieutenants y vinrent combattre contre les Bretons;
1. Voy. Ernest Langlois, Table des noms propres contenus dans les chansons de geste.
2. Il faut ajouter un passage de Y Histoire de Bretagne de Le Baud à quoi renvoie A. de la Bordérie, ouv. cité, II, 422. Vérification faite, ce texte ne nous apprend rien qui permette de comparer Wicohen à Ysoré.
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dans le poème, il y vient lui-même combattre pour les Bretons *.
Enfin, Roland fut, au témoignage d'Einhard, Britannici limitis praefectus ; dans A iqu in, il est le fils d'un Breton de Vannes. Malheureusement, il est improbable que la marche de Bretagne ait compris Vannes. En outre, précisément parce que Charlemagne Ta envoyé comme préfet dans cette région, il est à croire que Roland n'en était pas originaire. S'il est donc vrai (ce dont j'ai des raisons de douter 2 ) que Roland soit devenu
4. A. delà Borderie (p. 230) explique ainsi cette légère divergence : « Au xi e siècle, Charlemagne était le type du héros et du saint, le guerrier invincible, le monarque impeccable... Dès lors, avoir été l'ennemi de Charlemagne et vaincu par lui, c'était nécessairement une tache, une note de défaveur. Tel était pourtant le cas des Bretons. Mais pour effacer cette tache, Vimagination populaire trouva un expédient fort ingénieux. Nier la conquête de la Bretagne par le grand empereur, on n'y songea pas. Restait à fixer la cause et les circonstances de cette conquête. Or la Bretagne avait été, vingt années durant, soumise au joug des Normands, c'est-à-dire des païens. La mission de Charlemagne, le but de toutes ses expéditions, dans l'opinion populaire, c'était de combattre les païens, les infidèles. Dès lors la conclusion est facile, ou plutôt elle est forcée : l'expédition de Charlemagne en Bretagne ne pouvait avoir qu'un but, l'expulsion des païens. Aussi le poème dont nous parlons, bien qu'on le nomme habituellement la chanson d'Aiquin, est-il, dans le manuscrit qui en reste, intitulé : Conquête de la Bretaigne parle roy Charlemaigne: mais conquête non pas sur les Bretons : au contraire, conquête accomplie par Charlemagne avec l'aide des Bretons sur les païens... » — Cet « expédient » qu'il attribue à l' « imagination populaire », A. de la Borderie a tout à fait oublié qu'il l'a tiré de sa propre imagination (il l'a oublié, à telles enseignes qu'il le qualifie d' « ingénieux »). Ce genre d'oubli et de confusion est à la racine de la plupart des identifications que l'on a proposées des récits de chansons de geste avec des faits historiques.