Cité par M. Joûon, p. xxv
LA COMPOSITION DU ROMAN d'aIQUIN 111
prouesses en tant d'autres chansons de geste ! C'est que le cœur du poète n'est pas à ces récits de batailles ; il ne veut pas enflammer ses auditeurs d'une ardeur guerrière ni les exciter à la haine de ses Barbarins et de ses Norois : secrètement et spirituellement, il s'applique à un autre dessein.
Ce qui frappe, dès la première lecture de son œuvre, c'est que, entre toutes les chansons de geste, elle est riche en données topographiques précises. Le poète conduit Charlemagne, par un itinéraire exact, d'Avranches au Mont Saint-Michel et à Dol; puis, d'Aleth à Corseul, à Carhaix et au Méné-Hom. Mais surtout il décrit avec un détail singulier le coin de terre du Pou-Alet. On voit qu'il est du pays et qu'il l'a visité en tous sens, au moment d'écrire son roman, prenant des notes, choisissant son terrain pour y établir les campements de Charlemagne et pour y disposer les eschieles de ses armées. Si nous l'y suivons, assistés de M. Joùon des Longrais, qui a composé un si ingénieux commentaire archéologique du roman, le conteur saura nous diriger tantôt sur les rives du Bidon 1 , tantôt le long de la Rance : il sait les endroits où elle est guéable et quelle est la violence du mascaret entre Aleth et Dinard 2 ; à l'entrée de la Rance, il nous montrera le rocher de Bizeux 3 ; au large, l'île déserte d'Agot, en avant de la côte de Saint-Briac 4 ; et là-bas, l'île de Cézembre 5 . Il