V. 2677 (cf. JoÛon, p
LA. COMPOSITION DU ROMAN d'àIQUIN H 3
côtés du prélat (v. 71 et v. 719) un comparse qui, un jour, régnera sur le pays, Salomon,
Qui de Bretaigne tint puis la roiauté :
Seignour en fut et roy tont couronné,
«et peut-être le roman se terminait-il par une scène où Charlemagne et l'archevêque de Dol lui donnaient la «couronne 1 . Mais, pour l'instant, Salomon reste confondu dans la foule des seigneurs qui forment le cortège de l'archevêque, et presque sa mesnie féodale :
765 Trestuit estoient o le bon Ysoré,
Co'st Tarchevesque de Doul, l'archevesché.
O lui avoient ja long temps soujourné :
Chevaus et armes lour dounoit a planté.
Ces barons ne relèvent ni d'un « roi », ni d'un « duc de Bretagne » ; ils ne reconnaissent pour leurs droits seigneurs (v. 106-9) que Dieu, Charlemagne et le pape; et, si l'archevêque de Dol n'est peut-être pas, au sens propre du mot, leur suzerain, il est du moins leur chef à tous et leur guide :
716 Cil des Bretons est maistre et chevelaigne.
Ces chevaliers aux beaux noms armoricains, qui représentent toutes les régions de la Bretagne, Ripé, comte de Dol, Baudouin de Vannes, Gui de Léon, Trehart de Rennes, Hamon de Morlaix, le vieil Ahès de Carhaix, Morin, comte de Daoulas, Excomar de Saint-Pabu (ou
1. Conjecture vraisemblable de G. Paris (art. cité, p. 457). J. BéniER. — Les légendes épiques. 8
de Tréguier), Merien de Brest, Eon de Saint-Servan, Ârai de Mené, un même chef les commande dans les combats, frappant de son « épieu niellé » ; c'est « le prouset hardi arcevesque », c'est
802 Nostre arcevesque, cui Dieus croisse bonté ï
Dans les batailles générales, les Bretons combattent à côté des Français; mais ils ont un campement à part, et c'est eux seuls, conduits par leur archevêque, qui enlèvent Dinard, la première des trois places fortes que les chrétiens reconquièrent : Nayme et Jes Français sont parfois battus, à Cézembre par exemple, mais jamais les Bretons de l'archevêque Ysoré. C'est lui qui entraîne les combattants par ses discours et ses prières :
558 Li arcevesque, que Jhesus beneïe !
A nostre gent commande et si lour prie :
« Pour Dieu, seignour, ne vous espargniez mie
De bien ferir desus la gent baïe !
Qui ci mourra, s'ame soit requeillie
En Paradis en la Dieu compaignie ! »
Il partage avec Charlemagne le don de faire des miracles : Charlemagne a obtenu du ciel l'engloutissement de la ville de Gardoine ; mais il ne parvient pas à calmer les éléments que ses prières ont déchaînés ; l'archevêque prie à son tour :
2693 Nostre archevesque s'est d'iluec remué, Isnellement es champs s'en est aie Sor une planche eu pendant d'un fossé ; Vers le ciel a dévotement gardé, Doulcement a Dammedieu reclamé...
11 prie et la tempête s'apaise.