Je dois la remarque qui suit à M. Ferdinand Lot
2. C'est la Vita S, Sàmsonis, p. p. Dom Fr. Plaine (Analecta Bollandiana, t. VI, 1887, p. 77, ss.).
Essai d'explication.
Mais quel intérêt pouvait-il avoir à incarner ces prétentions en la personne d'un Turpin dolois ? Pour tenter de s'en rendre compte, il convient de regarder quel était alors l'état de l'église de Dol. Et certes, c'est un procédé critique bizarre en apparence que celui qui consiste à fouiller dans la Gallia ckristiana et à raconter des querelles d'églises pour interpréter une « épopée » : c'est ainsi pourtant que nous trouverons, je crois, l'explication vraie de notre poème.
Depuis des siècles l'église de Dol était en conflit avec l'archevêché de Tours. Elle prétendait relever directement du Saint-Siège. Je n'ai pas, fort heureusement, à remonter aux temps de Nominoe et de Conwoion et à retracer cette querelle 1 . Pendant tout le x e et le xi e siècles, les papes s'efforcèrent de soumettre Dol au siège de Tours ; l'obstination bretonne maintint ses prétentions. Malgré des condamnations solennelles et répétées, les archevêques de Dol reprennent sans fin le procès, reçoivent ou usurpent lepallium, gardent leurs suffragants.
Dans la première moitié du xn c siècle pourtant, ils subirent une grande diminution de leurs prérogatives. Ils prétendaient que, aux époques anciennes, toute la Domnonée, c'est-à-dire presque le tiers de la Bretagne, avait
1. Voy. À. de la Borderie, HiMoire de Bretagne^ t. II, p. 197 ss.
essai d'explication 117
relevé de leur juridiction * ; quand des évêchés distincts s'étaient formés sur ce vaste territoire, six de ces diocèses étaient, du moins, restés dans leur dépendance : Aleth, Léon, Quimper, Vannes, Saint-Brieuc, Tréguier 2 .
Puis, plusieurs s'était détachés et ralliés au siège de Tours. En 1120, l'archevêque Baudri de Bourgueil, dans un concile qu'il tint à Dol, n'avait plus à ses côtés que trois suffragants, les évêques de Saint-Brieuc, de Tréguier et d' Aleth. Peu après, Aleth abandonna à son tour la métropole doloise : « Le dernier évêque qui ait reconnu Dol est celui qui porte dans les catalogues le nom de Donoal (1120-H44) ; encore ce prélat reconnut-il simultanément Tours. Saint Jean de la Grille, qui lui succéda, évita toute difficulté en allant se faire consacrer par le pape 3 . » Aleth était l'évêché le plus voisin . du siège de saint Samson ; un bon nombre des paroisses doloises étaient enclavées dans son territoire; aussi la défection d'Aleth dut-elle être sensible entre toutes à l'église de Dol.
Désormais le successeur de saint Samson, qui s'appelle à cette époque Geofroi le Roux (1130-1147), ne garde plus que deux suffragants fidèles, les évêques de Tréguier et de Saint-Brieuc. Les infortunes continuent à pleuvoir sur lui : le 15 mai 1144, le pape lui laisse
1. Que Ces prétentions ne soient pas fondées historiquement, c'est ce que je crois volontiers. Mais c'est cette représentation des choses que Fauteur de notre roman, comme on verra, s'était faite pour l'avoir recueillie sur place.