‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 5 sur 161 · Longnon, p · texte numérisé non relu

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2. Longnon, p. 279. Pour la discussion de celte théorie, voyez P. Meyer, Girart de Roussillon, Introduction, p. xiii-xvi.

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leurs, s'il faut en croire d'autres critiques 1 , ce héros triple et un serait issu, lui aussi, comme Guillaume d'Orange, de la confusion de deux personnages historiques, le Girard contemporain de Charles le Chauve et un autre Girard, qui a dû vivre en Bourgogne un siècle avant, au temps de Charles Martel.

C'est à de tels résultats que parviennent les esprits les plus éminents, les plus rassis, les mieux rompus à la discipline de la critique historique. Sont-ils les jouets d un mirage, ou bien est-ce nous qui avons des yeux et qui ne voyons pas ? Il serait vain, d'opposer nos doutes à leurs allégations ; chacun d'eux nous dirait :

Vous serez ébahi, quand vous serez au bout, Que vous ne m'aurez rien persuadé du tout.

Il y a mieux à faire : reconnaître que leurs procédés sont logiques et légitimes, si une fois nous acceptons leur point de départ. Oui, s'il est avéré que le duc Girard a été chanté par des aèdes dès le ix° et le x e siècle, il est naturel que les derniers remaniements de ces cantilènes primitives ne recèlent plus, après trois siècles d'altérations, que des détritus de souvenirs historiques ; et, puisqu'on y retrouve au moins trois concordances certaines avec l'histoire, il est légitime que les critiques tâchent d'enrichir cette liste de concordances par des rapprochements moins assurés, acceptables pourtant, et dont il sera éternellement impossible, à nous de

1. P. Rajna,Le Origini delVepopea francese y p. 234; cf. A. Slimming, ouvr. cité, p. 47 ; G. Paris, La légende de Pépin (1895), p. 4.

montrer qu'ils sont arbitraires, à eux de montrer qu'ilssont fondés.

Mais faut-il accepter leur point de départ ? Est-il nécessaire que la légende de Girard de Roussillon ait commencé de se former dès le ix e siècle, et que ces traits historiques du poème, — les noms de Charles, de Girard, de Berthe, de Vézelay, — proviennent de chants épiques très anciens?

Pour ma part, je réussis parfois, par effort d'imagination romantique, à me représenter qu'à ces hautes époques, sous le coup dune émotion et d'un enthousiasme récents, des aèdes ou des scaldes aient chanté les exploits guerriers de Girard, et, à la rigueur, ceux de Berthe ; mais plus difficilement que ces mêmes scaldes aient mêlé a ces chants de guerre le récit, fort peu épique, de la fondation de l'abbaye de Vézelay, qui ne devait être alors qu'une assez chétive maison.

Au contraire, je prie le lecteur de supposer, ne seraitce qu'un instant, et quitte à se reprendre, que ces aèdes et ces scaldes n'ont jamais existé ; que Girard et Berthe n'aient donné matière en leur temps à aucun chant, à aucun récit légendaire contemporain. Qu'il veuille bien supposer simplement que, deux siècles après leur mort, un promeneur, un passant quelconque soit entré dans l'église de l'abbaye de Pothières, au diocèse de LangresL Il y aura trouvé le grand autel entouré de colonnes de

1. Voyez sur cette abbaye la Gallia chrisliana, t. IV, col 724. Les détails qui suivent sur l'église sont pris au Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur (dom Marlène et dom Durand), 1716, t. I, p. 105. La description qu'ils en donnent concorde (à leur insu) avec celle qu'en fait au xn e siècle cette Yita Girard i dont nous parlerons plus loin-

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marbre blanc ; à gauche et à droite, deux tombeaux : du côté de l'évangile, le tombeau de Girard ; du côté de Vépître, celui de Berthe. Devant l'autel, sur le pavé, l'épiiaphe de leur enfant, Thierry, mort à l'âge d'un an :

Francia quem genuit Lugdunus flumine sacro

Diluit et Christo participare dédit, Theodricum innocuum retinet hic urna sepultum,

Quem dura ex ipsis mors tulit uberibus...

Cette « vénérable épitaphe » , dont on conserve encore un fragment à la bibliothèque de Ghâtillon-sur-Seine, est ancienne ' ; celles qui se lisaient au xvn e siècle sur les tombes de Girard et de Berthe ne Tétaient pas ; mais peut-être avaient-elles remplacé des inscriptions du moyen âge 2 . Quoi qu'il en fût, le premier moine rencontré dans l'église par notre passant aurait su lui dire <pie ces tombes étaient celles de Girard et de Berthe, les fondateurs du monastère, car Yobit de Berthe était marqué, au 8 novembre, dans le nécrologe de l'abbaye de Pothières, en ces termes : VI. idus novembris. Depositio dominae Bertae comitissae, istius loci fundatricis 3 . De plus, on y conservait la charte de fondation du monastère, qui commence ainsi :

Ego, Gerardus, divinae pietatis munere apud gloriosam regalem mansuetudinem comitis honore sublima tu s, ex commuai volo et desiderio dileclissimae conjugis meae

4. On en trouvera un fac-similé dans Gérard de Roussi/ Ion [par A. de Terrebasse], Lyon, 1856, p. xxxvi.

2. Voyez Mignard, Le roman en vers de Girard de Roussillon, 4858, p. xv.

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