‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 51 sur 161 · Die altfranzôsische Wilheltnsage, Halle, 1896, p. 104 ss · texte numérisé non relu

Die altfranzôsische Wilheltnsage, Halle, 1896, p. 104 ss

LA NOVALESE 157

Désert, ces joca monachorum se sont transformés en scènes de chansons de geste et nous devrons reconnaître à quel point l'humour des moines et l'esprit des jongleurs se ressemblaient ; ou bien, comme le veut M. Rajna, des chansons de geste françaises avaient, dès le début du xi e siècle, passé les Alpes et le chroniqueur de la Novalese les exploitait.

Un autre héros partage avec Waltharius d'Aquitaine rhonneur d'être célébré parla chronique de la Novalese, et c'est Charlemagne.

Comme on montrait aux environs de l'abbaye la tombe de Waltharius, on y montrait aussi la tombe de Berthe, femme de Charlemagne. (Il est à peine besoin de dire que Charlemagne n'a pas eu de femme qui soit morte là, ni qui se soit appelée Berthe.) Il était interdit aux femmes de pénétrer dans le monastère, et, sur la route qui y menait, une croix marquait la limite qu'elles ne pouvaient dépasser 1 . Tout auprès de cette croix, il y avait une chapelle de Notre-Dame (aujourd'hui de sainte Marie-Madeleine) 2 et une maison où l'on hébergeait les pèlerines. Or, dit notre chronique, Charlemagne, quand il venait en Italie, avait coutume de séjourner à l'abbaye de la Novalese. Il y était venu une fois avec Berthe. Celle-ci, tourmentée du désir de pénétrer dans le monastère, profita de ce que Charles était un jour aux matines avec les moines, et, déguisée, franchit la limite prescrite aux femmes. Venue aux portes de l'oratoire de Saint- Pierre, elle tomba morte. Charles fit reporter son corps

4. Les fondements de cette croix subsistaient encore en 1665 (Cipolla, p. 426, n. 3).

2. Cipolla, t. II, p. 126 ; cf., au tome I, le plan du monastère.

à l'église Notre-Dame, auprès de la croix qu'elle n'aurait jamais dû dépasser et 1 y ensevelit à grand honneur. Puis il quitta le monastère après l'avoir comblé de riches présents 1 .

Le chroniqueur nous rapporte de Charlemagne une seconde histoire, intéressante parce qu'elle nous enseigne ses procédé d'historien :

Après la mort de Pépin, écrit-il, Charles, son fils, régna. Les Sarrasins envahirent son territoire et le dévastèrent. Aussitôt Charles envoya des ambassadeurs au roi Liutprand, lui demandant de venir à son secours en Gaule avec les Lombards. Les Francs unis aux Lombards expulsèrent les Sarrasins. Peu après mourut le glorieux roi Liutprand et à sa place Désier devint roi. La femme de Désier s'appelait Anza*.

Ce récit est un emprunt à Paul Diacre (Historia Lotigobardorum.) lib. VI, cap. 52, 53, 57). Mais, dans Paul Diacre, ce n'est pas Charlemagne qui mande Liutprand, c'est Charles Martel. En ajoutant au texte de Paul Diacre les mots « après la mort de Pépin », le chroniqueur de la Novalese a transformé Charles Martel en Charlemagne. De plus, il fait succéder directement Désier à Liutprand, supprimant deux rois intermédiaires, Hiltprand et Aistolphe, que lui fournissait Paul Diacre 3 .

Cette légèreté est constante chez notre auteur. Il

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