‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 56 sur 161 · Rajna, /. /. ; Cipolla, p. 190, n · texte numérisé non relu

Rajna, /. /. ; Cipolla, p. 190, n

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l'exploitation de chants épiques lombards. Elles ne supposent pas davantage, il va sans dire, l'exploitation de chansons de geste françaises.

Elles supposent seulement que le chroniqueur du xi e siècle, excité par la lecture du Waltharius et de Y Histoire de Paul Diacre, a voulu composer quelques narrations du même tour et du même ton.

Mais avançons plus loin sur la strata francigena^ vers Mortara et vers Pavie. Là encore nous trouverons des légendes relatives à Désier et à la conquête de la Lombardie par Charlemagne ; mais là plus nettement qu'à la Novalese, il apparaîtra qu'elles sont d'origine livresque ; nous l'avons supposé à la Novalese, sans pouvoir le prouver ; là il sera possible de le prouver, ce qui sera pour donner plus d'apparence à notre explication, de la chronique de la Novalese. Et, ce qui nous intéresse bien plus encore, là, nous verrons des légendes, fondées sur des textes de chroniques latines, se mêler par surcroît à des récits de chansons de geste, soit qu'elles s'inspirent de ces récits français, soit qu'elles les aient suscités.

On vénérait à Mortara, sous les noms de saint Ami et de saint Amile, les deux compagnons qui sont l'Oreste et le Pylade, TAthis et le Prophilias des chansons de geste. Les travaux sur la légende à' Ami et Amile sont très nombreux et souvent Ton y lit que Mortara est une petite ville de Lombardie ; mais jamais, que je sache,

MORTARA ET PAV1E 171

on n'y trouve posée cette question : pourquoi les religieux de cette petite ville lombarde honoraient-ils de leur culte les héros d'une chanson de geste française? ni celle-ci : comment les jongleurs de la France du Nord savaient-ils que leurs héros étaient tenus pour des saints dans une bourgade de Lombardie ? Nulle part on n'y lit cette remarque bien simple que Mortara est située sur la route de Turin à Pavie, à 126 kilomètres de Turin, à 64 kilomètres de Pavie, en plein sur le chemin des « romieux » 1 .

Hors les murs, à peu de distance de Mortara, s'élève une antique église, jadis abbaye, de Saint-Albin. C'est là que se livra en 1849 la bataille de Mortara entre Sardes et Autrichiens; c'est là, s'il faut en croire une inscription placée en 1542 dans l'église, que Charlemagne aurait combattu Désier, roi des Lombards 2 . On conservait encore au xviii c siècle, dans cette église, la tradition que les corps de saint Ami et de saint Amile y avaient reposé : leurs précieuses reliques, disait-on, avaient été vendues à vil prix; mais on y voyait toujours « des restes de leurs tombeaux et de leurs statues en costumes de chevaliers » 3 .

1. Pourtant M. Pio Rajna, à qui rien n'échappe, a écrit cette note dans un de ses beaux articles intitulés Contributi alla storia deir epopea (Ro mania, t. XXVI, p. 50, n. 3) :« Si consideri che Mortara era ancor essa sulla Via Francesca. »

2. Amato Amati, Dizionario corografico delV Italia, au mot Mortara.

3. Acta sanct. Bolland., t. VI d'octobre (12 octobre), p. 125 : « Ac perquirentes si quid memoriae aul mon u menti horum virorum (Amici et Amelii) ibi (Mortariae) reliquum esset, cognovimus arcarum etiamnum manere vestigia, et eorum imagines militari corporis habitu ; praeterea Mortarienses a majoribus accepisse

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Bien des témoignages prouvent que ces tombes ont été vénérées pendant des siècles : celui de Jean d'Outremeuse, par exemple j , ou celui de Fazio degli Uberti :

Giunli a Mortara udimmo dire appieno, Che per gli molti morti il nome prese, Quando gli dui compagni venner meno a .

Mais, longtemps avant, Godefroy de Viterbe (mort en H91), décrivant une bataille légendaire que Charlemagne y a livrée à Désier, fait mourir dans cette bataille les bienheureux Ami et Amile, et sait nous dire que Mortara est de son temps une importante station de pèlerins :

Pro nece multorum, quae facta fuit, populorum, Dicitur illorum Mortaria nomen a^rorum

Quae peregrinorum stat modo grande forum.

Tune duo consocii, meritis vitaque beali, Amis 3 et Amilius parili sunt marte necati :

Carolus his tribuit digna sepulchra satis 4 .

La Vita sanctorum Amici et Amelii carissimorum 5 , qui appartient sans doute à la première moitié du xn e siècle ° et qui fut composée dans la région et pour

quod eorum corpora fuerint in ecclesia S. Albini ; quodque ab improbo quodam sardonio pretio tradita sint Casalensibus ; quanquam apud Casalenses nullam rei memoriam reperi. »

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