Pourquoi Dieu frappe-t-il Ami de la lèpre? Plusieurs des
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qu'il sait ; nés le même jour, liés par Dieu dans la vie, leur histoire n'a de sens que s'ils meurent le même jour, liés dans la mort; et ce n'est donc pas seulement l'accord des textes conservés, c'est l'esprit intime de la
critiques modernes ont compris que c'était pour avoir combattu H ardre en combat judiciaire (Voy., par exemple, Schwieger, Die Sage von Amis und A miles, Berlin, 1884, p. 12). C'est un contresens que personne n eût fait au moyen âge. Les textes expliquent autrement le malheur d'Ami. Selon la chanson de geste, Dieu le châtie parce que, épousant la fille du roi sous un faux nom, il a commis le crime de bigamie. C'est ce qu'un ange vient lui expliquer dans le Miracle d'Amie (Miracles de Xostre Dame, éd. Ul. Robert et G. Paris, t. IV) comme dans la chanson de geste :
1220 « Amis, Amis, sache de vray Pour ce qu'as Tait un sercment Que ne peus tenir bonnement Que ce ne soit contre la loy (C'est d'espouser la fille au roy), Dieu te mande qu'en brief termine Seras mesel... ».
Cependant, à la réflexion, cette « bigamie » parait si innocente qu'on s'étonne qu'elle soit si cruellement châtiée. D'autre part, jamais dans la suite de la chanson de geste, il n'est rappelé que, si Ami souffre ainsi dans sa chair, c'est parce qu'il s'est dévoué pour son compagnon. Celui-ci, dénombrant les obligations qu'il lui a, n'y fait nulle allusion. Pourtant le poète avait les meilleures occasions de rappeler que la lèpre d'Ami est une conséquence de son dévouement : par exemple, quand il s'agit de nous faire accepter le meurtre des enfants. Ce sont des indices que le thème de la lèpre-châtiment n'est pas primitif. Chez Raoul le Tourlier (v. 176) la lèpre d'Ami est une maladie accidentelle. Dans la Vita, ce n'est pas un châtiment, mais une épreuve. Dieu frappe Ami parce qu'il l'aime, juxta illud quod scriptum est : Omnem filium quem Deus recipit, corripit, flagellât et castigat. C'est là l'explication chrétienne. Seule elle s'accorde avec le reste de l'histoire ; c'est donc très probablement le thème primitif. 11 met bien en relief le caractère hagiographique de la légende.
légende qui veut que le miracle des tombes soit primitif et que les deux compagnons soient des saints.
Enfin, on peut concevoir abstraitement et par un jeu d'hypothèses que ces tombes n'ont existé d'abord que dans l'imagination des poètes, ou que, montrées d'abord dans quelque sanctuaire de France ou d'ailleurs, elles n'ont été placées que sur le tard à Mortara. En fait, on ne peut que constater que leur localisation à Mortara est indiquée par les trois textes anciens.
Bien mieux, si la mort des héros les rattache à Mortara, on n'a pas remarqué, mais il n'est pas moins remarquable que leur vie les rattache à la route de pèlerinage, passant par Mortara, que suivaient les « romieux ». Dans la chanson de geste comme dans la Vita, leurs parents, sur Tordre de Dieu, les portent à Rome pour les faire baptiser parle pape. C'est sur la route de Rome (v. 52 ss.) en passant par Vézelay, la Bourgogne, Mongeu, Mortara, Pavie, que le comte Ami cherche d'abord Amile. C'est à Rome, auprès du pape son parrain que, devenu lépreux, il trouve d'abord un asile; et, quand les deux compagnons périssent à Mortara, c'est la septième oula huitième fois qu'ils ont passé par là. Ils sont donc eux-mêmes conçus, par les poètes et par l'hagiographe, comme des « romieux ».
En résumé, on a montré, dès la fin du xi c siècle au plus tard, à Saint- Albin de Mortara, deux sarcophages accouplés. Etaient-ce des tombes romaines, où se lisait le nom (d'origine sans doute sémitique) d'Amelius ? Ou bien la légende a-^t-elle existé d'abord, et a-t-elle été arbitrairement rattachée par les religieux de Saint-Albin à deux sarcophages quelconques de leur église? On ne
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sait. Mais, aussi loin que nous remontions, la légende apparaît sous la double forme d'une légende hagiographique exploitée à Mortara et d'une chanson de geste française rattachée à Mortara. Et qui donc peut rendre compte de ces faits, sinon
Li pèlerin qui vont par mi Testree?
J'ai différé jusqu'à maintenant, à dessein, de considérer les circonstances, diverses selon les textes, de la mort des deux compagnons. Raoul le Tourtier ne les raconte pas. Selon la chanson de geste, ils meurent tous deux, au retour du Saint-Sépulcre, de maladie :
3494 Par mi Mortiers ont lor voie tornee ; La lor prist maus par bonne destinée ; Illuec transsirent..
et c'est peut-être la version primitive.
Selon la Vita y ils ont accompagné Charlemagne dans son expédition contre le roi Désier. Après avoir passé les Cluses, Charlemagne a livré à Désier une bataille si terrible que le lieu où Lombards et Francs se rencontrèrent, nommé jusque-là Paiera Silvula, prit de ce jour le triste nom de Mortaria. Ami et Amile y moururent, les armes à la main.
La Chevalerie Ogier raconte à son tour la « passion » de nos deux saints { . C'est aussi pendant l'expédition de Charlemagne contre Désier et c'est le jour de la bataille unique et désastreuse livrée par Désier. Mais ici les circonstances diffèrent. Désier, vaincu, s'enfuit à Pavie,